Publié dans Billets

Business amoureux, la relance sentimentale

« Combien tu m’aimes? »

Mais quelle question saugrenue… Et pourtant, es-tu certain de ne jamais l’avoir toi-même empruntée, ou une personne de ton entourage ? Bizarrement, il s’agit d’une phrase que beaucoup de parents usitent pour demander à leurs enfants de quantifier l’amour qu’ils leur portent, ce à quoi les petits réfléchissent et répondent « 4 » en montrant cinq doigts. Je te vois venir, fripon: non, je ne vois pas le mal partout et je sais bien que cette expression est innocente et n’a pas pour but d’inculquer une quelconque valeur monétaire de l’Amour à leur progéniture… D’ailleurs, l’exacte formulation, celle qui revient davantage, serait « Tu m’aimes comment ? ». Elle en laisse plus d’un pantois et dubitatif. La réponse étrange qui fait suite est le mime d’un cercle dessiné dans l’air avec les bras tendus, sensé représenter le soleil. Meaning: tu aimes tes parents « gros comme le soleil ». Pourquoi pas.

« Combien de temps vas-tu m’aimer ? »

combien de temps amour

Voici la vraie question qu’il faudrait poser. C‘est moins mignon je te l’accorde et ça rejoint un peu mon petit délire sur l’obsolescence programmée des relations amoureuses mais détends toi l’ami, il n’est pas question de recyclage thématique dans ce dernier billet. 

« Ca y ressemble quand même.

– Nan, c’est l’intro ça. Je te prépare. Je lubrifie ton cerveau.

– Hein ?

– Ouais, y’a du boulot. »

Ce que j’essaye en douceur de te présenter aujourd’hui, c’est un constat anti-romantique faisant lointainement écho aux si justes paroles de Lavoisier: « Rien ne se perd, tout se transforme »

« Je suis largué… »

Ok, laisse moi t’éclairer sur le fond brumeux de ma pensée nocturne:

Naissance d’un produit

Un couple se forme. Deux personnes s’aiment au présent. Leur amour est né, à l’instar d’un bébé, il grandit, évolue, traverse des étapes, franchit des caps, subit des épreuves, rencontre des obstacles et devient un boutonneux, ingrat… Bref, il se transforme (#Lavoisier).

« En quoi se transforme t-il? »

En PowerRangers, évidemment… Non. En tendresse, en affection, en obsession, en amitié, en dépendance, en besoin, qu’en sais-je, ce sentiment est volatil et capricieux. J’ose espérer que le vrai Amour qui lie les âmes-soeurs l’est moins, voire pas. Pour le constat qui m’intéresse ici, je me base sur ces couples unis par un amour business.

« Un quoi ? »

Amour business

Amour b2b

poignee-de-main

L’amour B2B ou b to b. Rien à voir avec Hamlet (to be or not be). Pour faire simple, une entreprise vend un produit à une autre et inversement. Il s’agit d’une collaboration équitable où chacune tire profit de l’autre. Une relation « win-win » comme dirait Harvey dans Suits. C’est normalement ainsi que démarrent les relations (saines) d’Amour, sur un pied d’égalité. Malheureusement, il arrive qu’au fur et à mesure de la relation, l’un des deux décroche en cours de route, petit à petit, jusqu’à souhaiter mettre un terme à cette collaboration. Rompre, oui. Evénement qui fait basculer cet amour b2b en amour b2c.

Amour b2c

Il n’y a pas encore eu rupture de contrat mais l’entreprise est devenue particulier (c) puisque n’ayant plus rien à offrir à b, toujours vendeur du produit amoureux. Ouvert au dialogue, c écoute b qui tente de lui démontrer par tous les moyens que leur collaboration a toujours lieu d’être. B lui expose alors que le produit du début a subi des modifications au fil du temps et, en bon service client, il est à l’écoute des retours afin de proposer un produit qui conviendrait mieux. C estime que le produit ne répond plus à ses attentes, qu’il aimerait changer de marque. Paniqué, b tente alors de proposer moult bonus à c pour le garder client. Il espère le refaire souscrire pour minimum 12 mois de plus. C réfléchit et décidera soit de rompre définitivement l’entente initiale et de changer de crémerie, soit d’opter pour ce contrat renouvelable.

top vendeur b to c

A partir du moment où le couple en arrive aux négociations… autant te dire que ça n’augure rien de bon. Si tu te retrouves dans la position de b, bon courage ! Que tu sois ou non à l’origine du désintérêt progressif de c, ce dernier en est tout de même arrivé à vouloir quitter le navire, votre navire, celui que vous avez bâti ensemble et qui avait vogué par tous les temps. La tempête de trop aura t-elle eu raison de celui-ci ? Bien dommage en tous les cas mais le marketing de l’Amour a t-il lieu d’être ou bien est-ce peine perdue ? Lorsque l’un des deux se voit contraint d’expliquer à l’autre pourquoi il doit rester, retenter, ne se brade t-il déjà pas ? Rappelons qu’il ne vend plus rien, mais donne, sans retour. Ce n’est plus du commerce, mais du bénévolat. On ne vit pas du bénévolat… Il faut un gain, un partage, un équilibre. « Donnant-donnant », chacun fournit à son partenaire le carburant dont il a besoin.

De l’extérieur, b ne vend d’ailleurs plus rien à c. Le produit initial était l’Amour commun, le couple. Si l’Amour s’est transformé en simple affection, tendresse, amitié, il n’y a plus de réciprocité, il n’y a plus cet Amour, il n’y a donc plus de couple. B agit comme un robot qui constate que c n’a pas utilisé son application depuis tant de jours. Un message automatique lui est alors envoyé pour tenter de lui rappeler à quel point il aimait ce produit et l’inciter à y retourner. Parfois ça fonctionne. Parfois non. C’est la technique de relance.

Faut-il tenter de réparer les pots cassés ?

pots cassés amour

Je n’ai pas la réponse à cette question. Je suppose que bon nombre de couples se sont donnés une seconde chance et que cela aura fini par payer. Il n’y a pas que l’Amour qui évolue, les gens aussi. Parfois, l’Amour n’est plus, du moins, plus celui du début et mieux vaut laisser tomber plutôt que de se battre seul pour quelque chose qui n’existe plus. On ne ressuscite pas les morts. Parfois l’Amour est juste mis en sourdine pour x raison et b le sait et tente de secouer c pour le convaincre de laisser leur produit sortir de sa boîte et renaître à nouveau. Un peu de maintenance et une bonne mise à jour ne feront jamais de mal. L’Amour s’entretient.

Bisou to bisou.

 

Publicités
Publié dans Billets

La tendance BFF et le vocabulaire gênant qui va avec

L’amitié est ce lien puissant qui unit  un individu à une ou plusieurs personnes sans lien de sang. Elle se fonde sur le partage, la confiance, les souvenirs, etc. Un attachement si fort que parfois la limite entre amitié et amour se brouille.

Amitié: « Sentiment d’affection entre deux personnes ; attachement, sympathie qu’une personne témoigne à une autre ». (définition Larousse)

Certes. Et que serait la définition du mot amitié estampillé de la mention « BFF » (Best Friends Forever)?  « Démonstration excessive d’affection. Attachement, possessivité et vocabulaire gênant parce que eh les meufs, vous êtes copines, pas « petites copines » et que d’extérieur vous êtes ridicules! »


Bon ok, je prête au petit Larousse un emportement qu’on ne lui connaît point. Alors mettons ça sur le compte de mon propre agacement « parce qu’y en a marre! » comme dirait ce bon vieux Jean-Pierre Coffe.Jean-Pierre-Coffe-cest-de-la-merde-2 Je vais me concentrer sur les filles dans cet article, car le phénomène les touche essentiellement et j’ajouterais la fourchette d’âge des  13 – 35 ans. Un peu au pif, car je ne dispose d’aucun sondage Sofres ou je ne sais quoi sous la main pour étayer mon étude. Et d’ailleurs, peut-on vraiment parler d’une étude… Pas vraiment, simplement le « coup de gueule » (même si je déteste cette expression) d’une contemporaine un peu râleuse  qui observe notre société en mode grumpy cat, ou encore petite mamie derrière sa fenêtre qui observe les allers et venues de ses voisins en y allant de son petit commentaire grincheux.

resizeDonc, le voici ce petit constat façon Tatie Danielle aigrie (pléonasme?): R’gardez les moi ces petites gamines qui n’ont rien vécu et qui s’apostrophent comme des amoureuses. Elles se connaissent depuis 2 mois à tout péter et vas-y que j’te tartine de sentiments à l’eau de rose. « Ma femme », « ma vie », « ma chérie », « ma best », « mon bébé », « mon coeur », « jtm », « t’es tout pour moi », « forever ». Et ça se tague, et ça se selfie la bouche en cul de poule, et ça s’échange les fringues et le maquillage. Beurk. Est-ce que c’est moi qui suis un poil garçon manqué ou est-ce que certaines vraies amies se parlent encore normalement avec la distance réglementaire dans le vocabulaire qui s’impose? Alors ok, en 2015 on est plus obligé de se parler façon Flaubert ou Jane Austen, mais que diantre! Un peu de tenue!

keep-calm-and-bff-forever-11Elles font ce qu’elles veulent me direz-vous, elles ne font de mal à personne. Certes! Certes. Mais je ne peux m’empêcher de manifester ma désapprobation face à ce phénomène parce que je trouve cela malsain et surtout ridicule! Ca perturbe mon paysage visuel et auditif au même titre que le vocabulaire « wesh-wesh » (oui je parle comme ma maman, oui. Et alors? Qu’est-ce tu vas faire? Un article? Niéhéhéhé)

A dire vrai, j’ai pris conscience de l’ampleur du « problème » il y a quelques mois, alors que je travaillais pour une société de réponses sms. En clair, on connait tous les pubs neuneus  du type mtwwfd« Tu veux savoir si ton ex t’aime encore? Envoie EX au [numéro bidon] ». Bon, bah là je bossais pour une boîte qui faisait payer 3 euros le sms à quiconque envoyait son nom/prénom/ville et posait une question au petit singe savant sensé  fournir la réponse tant attendue. Comment? Rien de magique là-dedans, il suffisait de cliquer sur la page Facebook de l’intéressé grâce au nom fourni et de fouiller pour imaginer des scénarios plausibles. Et c’est là que mon voyage en Absurdie a commencé (Sardou si tu me lis… Put*** j’ai 50 ans en fait.). Une traversée de milliers de comptes Capture d’écran 2015-10-20 à 09.59.34d’ados, tous semblables. Des tonnes de groupes d’amis, d’imitations de personnages tout droit sortis de séries américaines, de pré-pubères qui ont baigné dans les sms et internet à l’heure de l’enfance, quand ma génération se contentait de bouffer des BN devant les Minikeums et de construire des cabanes dans les arbres, sans téléphone ni ordinateur. Mais ces gamins là copient-collent leur vie et adoptent des comportements stéréotypés et hyper-connectés. Là n’est pas le débat, je m’égare.

Capture d’écran 2015-10-20 à 10.00.03Donc, de ces comptes Facebook d’ados assez bêtes pour dépenser 3 euros multiplié par autant de fois que mes réponses abreuvaient leur soif de gossip et collaient à leurs attentes, j’ai donc pu observer moult légendes et commentaires de photos de jeunes filles « BFF ». C’est gênant. Ah mais si siiii! C’est vraiment très gênant.

A l’époque j’avais une très bonne amie un peu plus jeune (genre 3 ou 4 ans de moins) qui penchait un peu vers ce comportement. J’ai eu droit à des surnoms du type « mon petit coeur », à des légendes de photos style « je t’aime mi amor » et des « ❤ » en veux-tu en voilà. J’ai toujours essayé de refréner ces élans mais bon, de peur de blesser, je n’ai rien dit et j’ai même parfois joué le jeu alors qu’au fond de moi je régurgitais ma honte. Oui messieurs dames, ma honte, tout à fait. Parce que c’est PA-THé-TIQUE!  Qu’on se le dise!

Si vous voulez pleurer, rendez-vous sur la page « Ma meilleure amie, ma vie » sur Facebook. Un vivier de BFF dupliquées à l’infini, plein de coeur et une bonne diarrhée d’émoticônes.

5zdyvrLe pire c’est que de nos jours certaines adultes prennent le pli! Les 25 – 35. Alors, aux jeunettes je leur pardonne. Elles vont grandir. Elles vont réaliser que c’est bon,  le trip Miley Cirus croisé avec Cristina Cordula ça va cinq minutes mais que passer vingt piges, t’es sensé gagner en points classes dans ta jauge de MelissaTheuriauItude. Regarde, même Angelina Jolie a cessé de rouler des pelles à son frère et Kardashian porte parfois des cols roulés. Elles ont grandi. Et oui, tout arrive! Mais les 25 – 35 là, qui ont chopé le move en cours de route, c’est quoi ce délire? Serait-ce un dommage collatéral des fantasmes masculins qui prêchent le fait que deux femmes ensemble c’est sexy? Mais ouais mais sur Youtube et en guêpière alors! Pas en pauvre légende Facebook avec ton rouge à lèvres rose bonbon Séphora et tes cernes de grosse bourrée du vendredi soir au Club69 de je sais pas où!

Attendez,  je vais me fumer une clope imaginaire (Bah ouais parce que je ne fume pas, je n’ai pas ce vice) et je reviens parce que là je m’enflamme!

Kopf Kopf [bruit de toux]. « Re ».  Donc. Je pense qu’ « on » (le peuple) a tous saisi mon positionnement sur ce non-débat. Je vous libère à présent, et j’espère qu’à l’occasion, lorsque vous tomberez sur ce genre de commentaires, vous sourirez en m’imaginant m’énerver dessus, tapie derrière mon carreau à la fenêtre de ma cuisine en caressant le pelage de Pomponette pendant que ma soupe de poireaux-pommes de terre mijote.

giphy

A bientôt pour une nouvelle étude sociologique discount rédigée par mes soins!