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La posologie des relations tampons

L’autre fois je te parlais de la FriendZone et tu faisais l’étonné. Je suppose que tu vas me refaire le coup?

« Les relations quoi? »

Voilà. Les relations tampons ma gueule. Tam-pons.

Ah non, pas ceux-là, pas les copains des menstruations. Quoique, ça revient un peu au même au final puisqu’il s’agit de quelque chose qui fréquente quelques temps notre intimité et qui finit tôt ou tard à la poubelle. Bon j’arrête la comparaison, t’as déjà trop d’images en tête et le sujet qui nous intéresse n’a rien à voir avec la polémique (justifiée).

Qu’est-ce qu’une relation tampon

Par tampon on entend (je suppose) le fait de tamponner une blessure avec un petit coton imbibé d’affection et d’accompagner la procédure d’un « Voilàà, c’est fini, tout doux, chut ». Le bisou est facultatif mais apprécié.

« Ah ouais une relation pansement quoi.

– Ouais. Mais moi j’ai toujours dit relation tampon.

– Parce que tu pratiques souvent?

– … T’as pas autre chose à faire que de troller mon article ? »

Bien.

Evidemment que ce n’est pas génial d’y avoir recours mais parfois, c’est nécessaire, peut-être même inévitable lorsqu’une relation intense s’achève.

Pourquoi la relation tampon a lieu d’être

Quand tu passes des mois voire des années de ta vie avec quelqu’un et que soudainement, cela s’arrête, tu ne dis pas simplement adieu à une personne, mais à un couple, à des habitudes, à un vocabulaire, des souvenirs, des private jokes*, des photos, des surnoms que vous vous donniez, un lieu de vie commun peut-être, une histoire qui d’un coup appartient au passé et n’a de traces que dans votre mémoire. Il faut en plus « oublier » tout ça car plus on y pense, plus on souffre. Toutes les ruptures ne se ressemblent pas mais le plus souvent cela reste douloureux et il faut « passer à autre chose, lâcher prise ». Il n’y a que les américains qui font des fêtes pour célébrer les divorces. Cela dit, les américains ont élu Trump, ça prouve qu’ils n’ont pas la lumière à tous les étages… anywayyy*.

Deuxième point, repasser de vie à deux, à vie en solo. Tu avais quelqu’un et tu te retrouves à nouveau seul. C’est sûrement en cela que la rupture est le plus difficile à vivre car c’est quoi qu’il arrive une transition complexe à effectuer, quand bien même tu es entouré par ta famille ou un bon groupe d’amis, ce n’est pas eux qui dormaient avec toi, qui partageaient ton intimité, t’embrassaient, te serraient dans les bras, faisaient battre ton coeur la chamade, te regardaient avec désir et admiration, te faisaient des surprises, s’enivraient avec toi et te faisaient concevoir l’avenir comme une route ensoleillée en direction d’un horizon magique. Non. Tu es seul(e), tu es blessé(e), les genoux à terre et tu saignes.

Si tu es plutôt fort, tu vas te relever en pissant le sang, comme un Daryl énervé à qui on a piqué la moto, mais tu vas te faire toi même un garrot au coeur et avec le temps ça va guérir. Respect.

Si tu es plutôt fragile, tu vas avoir besoin d’un pansement, d’un infirmier/infirmière de fortune qui va t’appliquer du Mercurochrome, ouais, le pansement des héros, sur ta plaie ouverte, et ce jusqu’à ce qu’elle se referme. Et que se passe t-il lorsque nous sommes guéri? « Mercurochrome le pansement des… » Oh! Ferme la gamin, on a compris! (La publicité la plus reloue ever by the way*.) Bref, quand nous sommes soigné, nous remettons le médicament dans la pharmacie et merci, see you next time*!

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Je pense avoir expliqué l’essentiel du concept. En fait, une relation tampon, ou pansement, ou coton Bedatine, ou gaze hydrophile, ou compresse stérile ou c’que tu veux mon pote tant que c’est destiné à apaiser la douleur et la guérir, c’est une personne que tu vas rencontrer juste après une relation importante. Cet individu va t’aider à surmonter la peine et la phase de solitude que tu traverses, à laquelle tu n’étais pas préparé et plus habitué. Cet infirmier/e intérimaire va normalement te remettre sur pieds et te faire « passer à autre chose ». Cela parait très sain comme thérapie, n’est-ce pas? Ouais mais, guess what*: y a un truc un peu salaud dans l’histoire, une couille dans le potage comme qui dirait.

L’effet Kisscool de la relation tampon

Donc. Dans le meilleur des mondes, ton infirmier/e tampon s’avère être une personne géniale dont tu vas tomber amoureux/se et qui va au fil du temps être promu « amour de ta vie » tandis que ton ex se verra rétrogradé à « amour de jeunesse » ou pire « erreur de parcours ». Aoutch.

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Maintenant, si on est réaliste deux minutes… Bin, voilà ce qui va se passer: tu vas congédier ton infirmier tampon quand il aura bien bossé, t’aura remis sur pattes, aura passé des semaines à te rééduquer pour que tu retrouves l’usage de ton coeur et reprennes totalement confiance en toi. Done!* Merci doc. Ses mots doux, son attention, sa sérénade, ses belles paroles, son affection auront suffisamment tamponné d’affection ta blessure à présent cicatrisée. Mais eh, on ne tombe pas amoureux de son médecin, c’est comme ça. Alors tu quittes son cabinet et en avant Guingamp! (Placement d’expression désuète effectué avec brio)

Effet Kisscool? Ton infirmier/e t’aimait vraiment bien lui/elle… Et tu viens de le foutre à la poubelle. Qui soigne les soignants ? :/ Triste. T’es vraiment pas gentil/le. Tu sais pourquoi ? Parce que tu l’as pas prévenu/e de ce qu’il/elle représentait pour toi.

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Bah attends, normal! J’allais pas l’aborder en lui disant: « écoute, je sors d’une relation longue, je suis mal en point, j’ai encore des sentiments pour mon ex et je ne te promets rien mais j’aimerais bien que tu t’occupes de moi, me dises que je suis beau/belle, que tu me câlines, qu’on aille au restau, au ciné, que tu viennes dormir chez moi de temps à autres et qu’on fasse des balades tout comme un vrai petit couple, juste assez longtemps pour que ça me fasse moins mal de repenser à lui/elle, et qui sait, p’tet que je tomberai amoureux/se de toi ? »

Bin, si. C’est ça qu’il faudrait dire. Que chacun des deux sache vers quoi il s’embarque. De toute façon, il faut arrêter l’hypocrisie dans les deux sens. Evidemment que ce n’est pas évident d’entendre que la personne avec qui on démarre une relation a toujours des sentiments pour son ex, mais à défaut d’être plaisant, c’est sincère et NORMAL. Quel genre d’humain classe une histoire de coeur et efface ses sentiments sur commande ? C’est peut être pas très Disney mais c’est honnête et ça évite de passer de victime à bourreau.

Réfléchis-y la prochaine fois parce que ton parcours amoureux t’amenera tôt ou tard à faire l’expérience d’un rôle ou de l’autre. Ah, et aussi, sache que tu peux tomber sur un filou qui se jouera de toi au moment où tu seras le plus vulnérable. Manque total de bol si pour le coup ta démarche de retenter quelque chose avec quelqu’un était ouverte à un contrat à durée indéterminée. Dans ce cas, ce n’est pas un infirmier dont tu vas avoir besoin, mais d’un thérapeute! Le mieux sera bien évidemment d’essayer de se reconstruire seul avant de remettre avec quelqu’un. Ça, il n’y a que sur papier que c’est facile à dire…

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Spoiler prochain billet: nous (je) parlerons du marketing amoureux ou comment une relation finit par positionner l’un des deux en vendeur tentant de convaincre l’autre de renouveler son abonnement avec lui pour 24 mois de plus. En général, quand t’en arrives là… ça pue.


Avec Malou, j’apprends l’anglais en m’amusant!

* private jokes : blagues privées

* anyway : enfin bref

* by the way : au fait

* See you next time : à la prochaine!

* Guess what : devine quoi

* Done! : fini/ fait

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Si l’on comparait l’Amour au Poker

J’aime bien faire des métaphores. Je ne sais pas pourquoi mais j’aime bien cela. Il y a des situations où ce processus s’effectue naturellement dans mon cerveau. Je n’ai rien commandé mais je suis livrée. Toc toc toc! Oui qui est-ce? C’est vot’ métaphore toute chaude, cadeau d’la maison, le grand patron you know… Han! Je viens d’en faire une sans m’en rendre compte! Ah mais ok j’ai un vrai problème en fait! 0.o

Bon bah tant pis. Je vais deal with it. Oh mais quelle extraordinaire transition pour entrer dans le vif du sujet! Elle est fabuleuse, non vraiment, c’t’un métier hein… Bref. Le Poker donc. Mais pas que! L’Amouuuur aussi, et surtout. Parler Poker pour parler d’Amour, vous trouvez cela étrange? Certes. Mais l’amour c’est étrange et je suis étrange. Et puis c’est mon blog donc je fais ce que je veux. Tu vois là par exemple, si je veux j’arrête l’article là… comme ça. Bam! Et je me casse, j’te plante comme un con parce que mine de rien, je te vois avec ton paquet de biscuits et ton air snob quand tu lis le titre: « Puh, l’amûr et l’poker, nan mais d’accord nan mais rienàvouuuarquoi. » Mais en vrai, t’es resté jusque là parce que tu veux savoir ce que mon cerveau torturé m’a livré sur cette affaire pas vrai? Allez viens là, rapproche toi de la cheminée, installe toi confortablement sur un gros plaid, je vais te raconter une histoire…

Une table de poker

Ne t’inquiète pas, nul besoin de savoir jouer pour comprendre ce qui va suivre. D’abord, le Poker c’est un jeu qui n’existe si et seulement si deux personnes minimum y prennent part. Il faut en comprendre les règles, parce qu’on ne fait pas n’importe quoi avec ses cartes, à moins de vouloir perdre volontairement? Entrer dans une partie est un engagement. On investit une somme et il faut accepter de pouvoir la perdre. Le joueur qui prend place peut donc financièrement se le permettre et a pris en considération l’éventualité de ne pas gagner et ce en quoi cela affecterait sa vie. La plupart des joueurs recherchent bien sûr les gains, d’autres les sensations ou bien les deux. C’est notamment le cas des gens très riches qui n’ont pas besoin de l’être encore plus mais qui manquent cruellement d’excitation dans leur vie. L’adrénaline est ce qu’ils recherchent. Il y a les addictifs mais aussi les passionnés et non ce n’est pas la même chose. Il y a ceux qui en font leur métier et ceux qui considèrent cela comme un divertissement, un loisir, un complément de revenus. Comprenez donc bien que chaque joueur est différent et le plus expérimenté n’est pas forcément le plus chanceux. A une même table on pourra trouver des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, des pros, des amateurs, des riches, des pauvres, des timides, des exubérants, des silencieux, des bavards, des impassibles, des livres-ouverts, des souriants, des grincheux, des concentrés, des dispersés, des habitués, des nouveaux, etc. Tu vois? A une même table, une même partie, se mêlent tous types de profils et rien ne permet d’affirmer qui va gagner. On pourrait penser que le professionnel a plus de chance. Il a plus de connaissances, d’expérience, de discipline, d’habitude,  de tout ce que vous voulez excepté plus de chance. C’est un peu ça aussi la magie de ce jeu. Rien n’est jamais écrit à l’avance!

Le rapport avec l’Amour ?

Allons, tu ne le vois pas? Il te suffit pourtant de remplacer une poignée de mots ci-dessus. Je te montre:

D’abord, l’Amour c’est un jeu qui n’existe si et seulement si deux personnes minimum y prennent part. Il faut en comprendre les règles, parce qu’on ne fait pas n’importe quoi avec ses atouts, à moins de vouloir rester volontairement célibataire? Entrer dans une relation est un engagement. On investit une partie de soi et il faut accepter de pouvoir la perdre. L’individu qui joue le jeu peut donc émotionnellement se le permettre et a pris en considération l’éventualité d’une rupture et ce en quoi cela affecterait sa vie. La plupart des gens cherchent bien sur à trouver quelqu’un, d’autres les sensations. C’est notamment le cas des gens mariés ou en couple qui n’ont pas besoin de rencontrer mais qui manquent cruellement d’excitation dans leur vie. L’adrénaline est ce qu’ils recherchent. Il y a les addictifs mais aussi les passionnés et non ce n’est pas la même chose. Il y a ceux qui en font leur but et ceux qui considèrent cela comme un divertissement, un loisir, un complément d’émotions. Comprenez donc bien que chaque personne est différente et le plus expérimenté n’est pas forcément le plus chanceux. Une relation peut se composer  d’hommes, de femmes, de jeunes, de vieux, de divorcés, de vierges, de collectionneurs, de fidèles, de timides, d’exubérants, de silencieux, de bavards, d’impassibles, de démonstratifs, de souriants, de grincheux, d’investis, de dispersés, des habitués, etc. Tu vois?  Toute union est possible et rien ne permet d’affirmer qui va finir en couple heureux et amoureux. On pourrait penser que celui qui a déjà été en couple a plus de chance car il sait ce qu’il veut à présent et les erreurs à ne plus commettre. Et pourtant non. Il a plus de connaissances, d’expériences, est plus raisonné et tout ce que vous voulez excepté plus chanceux. C’est un peu ça aussi la magie de ce sentiment. Rien n’est jamais écrit à l’avance!

La Partie de Poker

Maintenant que tous ont pris place autour de la table, la partie s’engage. Chacun leur tour, les joueurs évaluent la situation en fonction de leur jeu et des adversaires. Ils se jaugent mutuellement pour savoir quelle décision prendre, ils s’observent, se dévisagent, tentent de déceler en l’autre faiblesse ou force, cherchent la faille, essayent de déterminer qui a le dessus dans chaque donne. Les cartes du board (tableau) s’enchainent, font évoluer la problématique, multiplient tensions et les plus faibles cèdent sous la pression. Les aggros (joueurs agressifs) ont la majeure partie du temps le dessus sur les moins aguerris, les joueurs serrés ou passifs. Ces derniers savent ce qu’ils ont et donc ce qu’ils peuvent perdre. Ils ont peur de prendre des risques et préfèrent le plus souvent jeter leurs cartes même s’ils avaient potentiellement un meilleur jeu que le joueur d’en face. Lui n’a pas hésité, il a foncé, il a pris des risques et il est parvenu à intimider son adversaire qui a foldé (couché son jeu). Mais ce type de joueur ne remporte pas nécessairement la partie. Il gagne des batailles oui mais tôt ou tard son manège se retourne contre lui et comme il a tendance a tout miser, il peut très vite reperdre tout ce qu’il avait accumulé.

Le fish: celui qui ne sait pas jouer, qui n’a aucune idée de ce dans quoi il s’est lancé et qui distribuera son capital à ceux qui profiteront de lui en identifiant immédiatement ses failles. Il croit avoir compris le jeu, il veut jouer, il veut gagner, comme les autres. Mais il est faible et ignorant. Il va se faire plumer sans même penser qu’il est le principal responsable de sa perte car il ne s’est pas protégé et se croit à égalité avec les autres joueurs.

La partie peut durer des heures, il faut être fort psychologiquement et physiquement pour tenir le rythme. Cela demande un réel effort et donc une force et une prédisposition. Si l’on ne se sent pas capable de tenir le rythme, inutile de prendre place. A la fin de la partie, celui qui en sort victorieux ressent fierté et satisfaction d’y être parvenu, d’avoir déjoué les pièges et réussi à extraire de son jeu la meilleure façon de gagner.

La Relation amoureuse

Même principe que tout à l’heure, tu es prêt?

La relation s’engage. Chacun leur tour, les partenaires évaluent la situation en fonction de leur coeur et de leur raison. Ils se jaugent mutuellement pour savoir quelle décision prendre, ils s’observent, se dévisagent, tentent de déceler en l’autre faiblesse ou force, cherchent la faille, essayent de déterminer qui a le dessus dans chaque dispute. Les jours s’enchainent, font évoluer la problématique, multiplient tensions et les plus faibles cèdent sous la pression. Les personnalités agressives ont la majeure partie du temps le dessus sur les plus fragiles, les égoïstes ou les passifs. Ces derniers savent ce qu’ils ont et donc ce qu’ils peuvent perdre. Ils ont peur de prendre des risques et préfèrent le plus souvent jeter l’éponge même s’ils vivaient potentiellement une belle histoire. L’autre partenaire lui n’a pas hésité, il a foncé, il a pris des risques et il est parvenu à intimider son amoureux(se) qui a abandonné. Mais ce type de personne ne ressort pas nécessairement gagnant. Il vit des histoires oui mais tôt ou tard son manège se retourne contre lui et comme il a tendance à tout donner, il peut très vite reperdre tout ce qu’il avait investi.

Le naïf n’a aucune idée de ce dans quoi il s’est lancé et  distribuera son amour à ceux qui profiteront de lui en identifiant immédiatement ses failles. Il croit avoir compris la séduction, il veut jouer, il veut tomber amoureux et être aimé en retour, comme les autres. Mais il est faible et ignorant. Il va se faire piétiner sans même penser qu’il est le principal responsable de ce qui lui arrive car il ne s’est pas protégé et se croit à égalité avec les autres partenaires.

La partie peut durer des années, il faut être fort psychologiquement et physiquement pour tenir le rythme. Cela demande un réel effort et donc une force et une prédisposition. Si l’on ne se sent pas capable de tenir ce rythme, inutile de tenter les rencontres. A la fin de cette démarche, celui qui est amoureux  et aimé en retour ressent fierté et satisfaction d’y être parvenu, d’avoir déjoué les pièges et réussi à séduire la personne de son choix.

Moralité

S’il en faut une. En Amour comme au Poker il y a des perdants et des gagnants. L’amour est un jeu, une partie de plaisir. Si vous commencez à subir alors levez-vous et quittez la table. Cela ne signifie pas que le Poker n’est pas fait pour vous mais tout simplement pas cette variante, ou cette structure.

Vous reprendrez place, vous ne gagnerez pas forcement. Et un jour, si. Ce jour là vous ressentirez la satisfaction d’avoir persévéré et pourrez savourer le bonheur de la victoire même s’il n’est que de courte durée.

Et lorsqu’une partie vous ruine, vous laisse seul et dévasté, quittez dignement la table la tête haute. Ça ne sert à rien d’engueuler le/la croupière. Ils ne sont pas responsables de ce que vous avez fait de vos cartes et de la façon dont vous vous êtes laissé manipuler par votre adversaire.

Rentrez chez vous; Accusez le coup; Et quand vous serez prêt, retentez ou pas.

Je vais clore par une citation dont j’ignore l’auteur mais que j’aime beaucoup:

« Celui qui prend des risques peut perdre; celui qui n’en prend pas perd toujours. »

Et maintenant, All-in!

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Fiche technique du joueur de poker pro

Horaires

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C’est simple, il n’en a pas. C’est un être plutôt nocturne. Si vous lui envoyez un message pour lui souhaiter une bonne journée à 9h, n’attendez pas de réponse avant 15h, minimum.
Il a perdu la notion du temps, peut prendre son petit-déjeuner à 18h, hésite sur les jours de la semaine. Cependant le dimanche reste une de ses plus grosses journées de travail, du moins en ce qui concerne le joueur de MTT (tournois) .
Avantage: vous pouvez le déranger et lui proposer de sortir à n’importe quelle heure de la nuit, si sa session est terminée, il peut dire oui pour un verre à 3h. Challenge accepted!
Mon conseil: Préparez-vous à un certain décalage.


Vocabulaire

Alors là, accrochez-vous! Si vous surprenez une conversation entre joueurs de poker, attendez-vous à ne rien comprendre.
 « Bet », « call », « raise », « river », « all-in », « check », « flop », « blind », « bouton », « dealer », « shortstack », « fold », etc.
 Ok, c’est un peu technique mais c’est à la portée de n’importe quel personne qui joue un peu.
En revanche, certains mots ou expressions sont utilisés dans leur vie de tous les jours. Ils ont leur propre jargon. En voici quelques exemples:
 « C’est les Nuts! », « Balla », « J’ai spew », « Je suis en tilt! », « Top reg. », « Il est broke », « Carte-roulette? », « Je vais grinder », « T’es in? », « C’est un fish », « Il s’est level », « J’ai bad run », « J’ai chatté ! », « Il a busto », « C’est rigged », « Il whine », « GG », « GL », « J’ai la win papa! », « C’est sick! », « Il m’a trap! », « A la bulle! », « Un random », « Oh le bad beat », « J’ai miss », « Il m’a owned …», « C’est un dégen’ », etc.
Mon conseil: pas de panique, vous apprendrez sans essayer à force d’en fréquenter.


Look

Le joueur de poker passe plusieurs heures d’affilées assis devant son écran. Il sera le plus souvent vêtu de vêtements confortables, style sweat-shirt à capuche, t-shirt, short. Certains travaillent en caleçon. Oui. Ca donne chaud de jouer.
Pour jouer en cercle ou casino, il complétera la panoplie par les indispensables lunettes de soleil, écouteurs, foulard, casquette. Autant d’éléments destinés à dissimuler les expressions de visage et / ou ce qu’il observe. Les écouteurs sont requis afin de masquer le bruit incessant des jetons, cartes et brouhaha qui finissent par étourdir les joueurs sur plusieurs heures.e00f034cb08be399a086e7e3ffc2d63e677d8ae31ad9a446cf563159be369d6f
Pour sortir: jean ou short; polo, t-shirt ou chemise; baskets ou chaussures de ville.
Au niveau du teint, ils se reconnaissent à leur pâleur. En effet, travaillant beaucoup, sortant peu la journée, se levant tard, difficile d’entretenir un quelconque hâle.


Alimentation / Boisson

tumblr_loenj6PTnV1qlfu1ho1_500S’il vit confortablement, le joueur pro aime se faire plaisir en ce qui concerne la bonne chère. Le problème majeur étant qu’il travaille à l’heure du dîner et ne peut se permettre de pause pour préparer un repas digne de ce nom. A moins donc d’avoir à disposition une mère, une copine ou une cuisinière attitrée ( helloooow ), il fera le plus souvent appel à un service de livraison à domicile. Pizza, sushis, etc
Lorsqu’il est off, il retrouve volontiers d’autres joueurs au restaurant. Ils y partagent cocktails, bons vins et mets raffinés tout en discutant de leur passion. Entrée, plat, dessert; Carpaccio d’espadon, foie gras, boeuf Kobe, magret de canard, huîtres, etc. Ils ne se refusent rien. Ce sont souvent de gros mangeurs de viande.
Par ailleurs, il n’est pas rare que le repas se solde par une carte-roulette, c’est à dire le tirage au sort de la carte de crédit du malchanceux qui sera alors contraint de régler le montant global de l’addition. Notons qu’ils sont également très généreux en pourboires.
Les moins prospères opteront pour la solution préférée des étudiants, les pâtes, du lundi au dimanche et quelques Mac Do / Burger King les jours off.
Et de manière générale lorsqu’ils sortent: ils boivent. Beaucoup. Longtemps. Souvent. Ils réservent des tables en échange du paiement de bouteilles à des prix extravagants.

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Comportement lors d’une session online

Capture d’écran 2015-10-13 à 02.00.19Le joueur en pleine session est un robot. Les yeux rivés sur son écran, il entre dans une sorte de transe rythmée par le clic-clic incessant qu’il exerce sur sa souris. N’espérez pas le moins du monde pouvoir discuter avec lui, il ne vous écoutera pas et ne vous entendra plus. Comme hypnotisé, le joueur de poker parvient à atteindre une profonde concentration. Il lui arrive de discuter sur Skype de certains coups avec ses collègues mais il reste hermétique à ce qui se passe autour de lui. S’il joue en compagnie d’autres joueurs, il peut s’équiper d’un casque qui diffuse ou non de la musique pour limiter les distractions.

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Lorsqu’il perd un gros coup, il réagit avec colère et agressivité. Il interagit volontiers avec le mobilier: murs, bureau, objets à proximité (« Oh, zut, le pc est mort. »). La souris en prend fréquemment pour son grade! Parfois il rouspète simplement (Oui, ceci est un euphémisme.), parfois les deux. Il fait son show en quelque sorte pour exprimer son mécontentement puisque seul il agit apparemment d’une toute autre manière, beaucoup plus soft.

Mon conseil: n’ayez pas peur et surtout, SURTOUT, ne pas lui parler à ce moment précis, ou vous risquez de vous faire correctement rabrouer.

Comportement post session online

Après plusieurs heures de poker, il aura besoin de décompresser. Comment? En jouant pardi! Oui mais pas au poker cette fois-ci. Jeux sur consoles, jeux sur ordi et jeux sur téléphone. Hearthstone, League of Legend, Clash of Clan, pour n’en citer que quelques uns. Il apparait notamment que les joueurs pro de poker ont des affinités avec les Echecs. Ceux qui savent y jouer ont bien souvent un très bon niveau.
Le joueur pro est amateur de films et/ou séries. En bon mono-maniaque qu’il est, il se contente rarement d’un film ou d’un épisode. Il en enchaine plusieurs. Visionner une trilogie ou toute une saison en une nuit ne l’effraie en aucun cas.
Qui dit donc session terminée, ne dit pas nécessairement humain approchable, surtout si celle-ci ne s’est pas très bien passée. C’est comme s’il sortait d’une nuit. Une personne au réveil n’est jamais très encline à la discussion, pour le joueur de poker c’est pareil.
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Mon conseil: laissez-le revenir à la réalité à son rythme.


Vie en communauté

C’est un être très sociable. Il sort, discute, voyage, fait des rencontres, mais si par malheur il tombe sur un de ses congénères, n’espérez pas parler d’autre chose que de… poker [F***, it was a trap!]. Il est de toutes façons rare qu’il ne fréquente pas d’autres joueurs lorsqu’il sort. Adaptez-vous ou priez pour qu’il y ait aussi dans l’assemblée des gens étrangers au milieu du poker à qui parler.
said-no-gamer-ever-memeLes joueurs pro vivent souvent en colocation avec d’autres joueurs ce qui parait nécessaire étant donné la complexité des horaires de vie décalés.
Il faut savoir que le poker est une passion qui accapare totalement l’esprit des joueurs. Même lorsqu’ils ne travaillent pas, ils pensent quand même poker, bankroll, prochains événements, perf.; ils s’intéressent aux résultats de tous sur tout type de parties; ils participent aux discussions sur divers forums, commentent des mains, etc. Plus qu’un métier, c’est un style de vie. Mais cette omniprésence parasite quelque peu les relations avec les autres. Centré sur lui-même, il est difficile pour le joueur d’être réellement disponible pour quelqu’un sentimentalement par exemple car il ne se déconnecte jamais totalement. Il peut en souffrir lui même et se sentir parfois assez seul, ce qui l’incite davantage à fréquenter uniquement d’autres joueurs.
Mon conseil: si vous décidez de vous lancer dans une relation amoureuse avec un joueur (ou une joueuse) de poker, soyez indépendant(e), flexible dans vos horaires et patient(e).

Activités

A ce niveau, pas de généralité. Il y a ceux qui aiment voyager, visiter, se promener, et ceux qui ne sortent pas de chez eux. Ceux qui font du sport et s’entretiennent physiquement, bien souvent c910944bb4f1e41e880d7a9d188eb337ils courent ou vont à la salle de muscu, et ceux qui ne se déplacent que jusqu’à l’épicerie pour acheter du Coca. Il y a ceux qui profitent de leur journée au Spa ou à la piscine et ceux qui dorment comme des bébés jusqu’au soir. Il y a ceux qui sont célibataires et apprécient la compagnie des femmes en clubs, et ceux qui sont en couple et préfèrent une vie plus posée. Il y a ceux qui déménagent souvent d’un pays à l’autre, en meute, et ceux qui vivent encore chez Papa-Maman à 30 ans passés (« Bah quoi? C’est pratique pour la lessive et la bouffe! En plus on paye pas de loyer! » ). Oh misère… Ce qui nous amène au point suivant.

Déplacements

En parlant de déménagements groupés, il existe en effet quelques foyers de joueurs disséminés autour du globe. Pour faire simple, les américains, n’ayant plus la possibilité de jouer aux Etats-Unis depuis le Black Friday de 2011, ont migrés vers le Canada et l’Amérique du Sud (Costa Rica, Equateur, Panama et Mexique). Les français souhaitant jouer sur le « .com » sont partis en Thaïlande, à Malte, Prague et à Londres pour les blindés. Voilà pour les plus mobiles. Les autres préfèrent rester chez eux à l’instar des russes et des allemands.
Néanmoins, ils se déplacent fréquemment au gré des événements organisés tout au long de l’année dans le monde, tels que les World Series of Poker (WSOP), le World Poker Tour (WPT) et l’European Poker Tour (EPT). Vegas, Monaco, Dublin, Prague, Paris, Malte, Bahamas, Barcelone, etc. C’est à chaque fois un joyeux convoi où travail et fête se mêlent. Cela m’a toujours fait penser à une sorte de colonie de semi-vacances.


La partie immergée de l’Iceberg

Le joueur de Poker est une espèce à part, avec ses codes, ses habitudes, son univers. Il nous fascine par son quotidien hors normes. Totalement en décalage avec le res30cd9a4eb6692d263d248219ff0344afte de la société que ce soit dans son rythme, sa perception des réalités, les sommes qu’il peut gagner et perdre, ses ambitions, il mène une vie atypique qui en laisse plus d’un rêveurs.
On se figure qu’il ne programme jamais son réveil, a la chance de travailler depuis chez lui, sans patron, sans comptes à rendre, qu’il s’amuse puisque son métier est sa passion et qu’avec ce qu’il gagne il profite au jour le jour de tout ce que la vie a de mieux à offrir. Mais comme pour chaque chose, il y a toujours un envers du décor et des désagréments.
Les joueurs qui réussissent sont pour la plupart de vrais bosseurs. Ils travaillent dur et sans relâche pour atteindre un certain niveau et s’y maintenir. Certains font appel à d’autres joueurs plus expérimentés pour se faire coacher.
Le joueur pro est certes libre de travailler lorsqu’il l’a décidé, mais n’oublions pas que chaque nckxc4session est vraiment très intense. Il faut être capable de tenir mentalement et physiquement plus de 10  heures d’affilées sans fatiguer, car c’est à ce moment que sont commises les erreurs, et les enjeux sont importants. Il gagne de conséquentes sommes d’argent, oui, mais il en réinvestit presque autant pour jouer. C’est un exercice aussi stressant que celui que connaît le trader. La variance est une notion inévitable qui fait qu’à contrario il peut faire l’expérience de mois négatifs là où monsieur Tout le monde touche son salaire mensuel en toute sécurité.
Bien entendu, il apprend à mettre de côté, à faire des placements. sya1tuLà encore ce n’est pas à la portée de tout un chacun. Il faut savoir s’entourer des bonnes personnes pour être correctement conseillé. Il y aura toujours des individus malveillants qui tenteront de profiter et d’abuser de la confiance d’un joueur, même s’ils se prétendent être des amis. D’autant que le joueur de poker devient riche assez jeune et n’est pas préparé à cela. Il n’existe aucune formation à proprement parler et la profession, en constante évolution, n’est pas réellement encadrée.
Tout cela contribue à projeter le nouveau joueur gagnant dans un monde à part où chacun évolue dans sa bulle, hors de l’espace et du temps. Certains seront naturellement doués pour gérer leurs nouveau patrimoine, d’autres auront tendance à agir comme si l’argent allait continuer à couler à flot toute leur vie et en profiteront plus que de raison au moment présent, allant jusqu’à tomber dans l’excès et les abus de tout. Chacun est libre d’agir comme bon lui semble, mais en cas de mauvaise période de jeu, le retour à leur « vie d’avant » pourra s’avérer brutal.
La vie du joueur de poker n’est pas de tout repos, dans le bon sens du terme comme dans le mauvais. Il connait des hauts et des bas comme n’importe qui. Ce métier nécessite une grande force mentale puisqu’il faut savoir rebondir, s’adapter, être prêt, savoir accepter les échecs et également gérer le regard des autres.
imagesAujourd’hui encore il est commun de percevoir l’étonnement de l’auditoire lorsqu’un joueur affirme vivre du poker. Cette discipline est toujours difficilement considérée comme un « vrai métier ».
Le poker est un phénomène de société et même s’il semble s’essouffler légèrement ces dernières années, beaucoup continuent à rêver d’un jour faire partie de ce cercle fermé de joueurs talentueux et reconnus qui vivent de leurs gains amassés aux détours de tournois live ou online et de parties de cash games.
Quiconque est amené à partager la vie d’un ou de plusieurs joueurs de poker professionnels, de près ou de loin, découvre un monde inconnu aussi fascinant que déroutant. Il faut être prêt à casser ses préjugés, à s’adapter à eux car ils ne feront pas cet effort et n’ont de toute façon pas la possibilité de le faire. Accepter que le poker prend une place prioritaire dans leur vie est capital et de ce fait, devoir renoncer à certains projets.Capture d’écran 2015-09-30 à 01.43.29
Mis à part cela, faire partie de leur univers est totalement grisant: pas un jour ne ressemble à un autre, il n’y a aucune logique, aucun repère, aucune certitude, rien n’est figé. L’expression « vivre le moment présent » prend tout son sens. Une sensation d’aventure au quotidien s’empare de vous et ne vous quitte plus. Ils savent vivre et vous entrainent dans leur folle danse dans laquelle on s’abandonne volontiers jusqu’à en adopter le même mode de vie.
Marion Ferré Defossé