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« T’as pas honte de regarder cette merde de téléréalité ? »

Bah en fait, si. Et j’ai essayé de comprendre pourquoi.

« Oh nan tu regardes ça ? Là tu me déçois… »

« C’est d’la merde ces émissions ! C’est pour les débiles ! »

Dernier en date quand un ami m’a demandé de quoi allait traiter mon prochain article:

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Pas très compliqué à force d’entendre ce genre de remarques. Lorsque tu avoues prendre plaisir à regarder ces programmes, tu te fais systématiquement taquiner (#euphémisme. Tu te fais lyncher). Mais pour quelle(s) raison(s) ? Et pourquoi est-ce que les haters sont si décomplexés ? J’ai la sensation qu’en 2017, quand tu regardes La Villa des coeurs brisés, tu te colles une cible sur le front. Les gens ne se gênent pas pour rabaisser tes choix. Il se trouve qu’en plus je suis vegan modérée. (Ça veut dire que de temps en temps je peux manger un snickers ou du poisson. C’est un autre sujet que j’ai traité il y a quelques années, voir ICI.) J’établis volontiers le parallèle car je me fais constamment chambrer sur mon alimentation. Et les gens n’y vont pas de main morte. « Les connards de véganes qui nous cassent les couilles avec leur bouffe aux plantes ». Excusez-nous de vivre. Par contre, si tu oses dire que manger de la viande ce n’est pas bien, t’as vraiment intérêt à être armé d’arguments en béton, datas solides et de cojones car ce qui t’attend est violent. Voilà pourquoi j’évite totalement ce genre de débat. Mes choix alimentaires sont personnels et je respecte ceux des autres. Je suis perpétuellement choquée par la facilité qu’ont les gens à cracher sur les goûts et penchants d’autrui. Les minorités sont souvent malmenées, c’est un fait. En revanche, l’engouement pour la télé-réalité est tel que je ne comprends pas l’acharnement assumé qui l’entoure.

Effet de masse et conformisme

Pour revenir sur mon incompréhension, je voudrais avant parler d’un phénomène bien connu: l’effet de masse et le conformisme. En gros, tu prends un groupe de personnes dans lequel le plus charismatique ou bien celui qui gueule le plus fort et/où s’exprime le mieux devient le leader. S’il dit « Il faut faire ça », alors la majorité va suivre et appliquer. S’il dit « Ça c’est cool, ça non, habille toi comme ça, mange ça, pense ça », les mout…pardon, les gens le feront. Pas nécessairement car ils sont d’accord, mais par flemme de s’opposer à la masse, d’être différent, d’être jugé. C’est inconfortable. On te regarde, on te prend pour cible et au quotidien c’est effectivement un poids lourd à porter. A contrario, rester un maillon de la chaîne, un grain de sable parmi l’immensité, c’est détente. Tu te faufiles dans la masse, libre. Un peu comme dans The Walking Dead quand les vivants s’étalent allègrement boyaux puants et chair en décomposition pour ne pas se faire repérer par les zombies en marche (#SalutMacron). Si l’un d’eux refusait de le faire et tentait une traversée héroïque de la foule trépassée, celle-ci se ruerait immédiatement sur lui, le transformant en pâté pour chat. Alors ouais ça chmoute, mais c’est plus facile de s’enduire d’intestins visqueux pour se fondre pépouze dans le tas que de l’affronter.

the walking dead

Ok.

Cependant, la télé-réalité est un effet de masse, un phénomène de société. Alors pourquoi ceux qui la regardent se font tout de même tant pointer du doigt ?

Qu’est-ce que la télé-réalité

Reprenons depuis le début. Du point de vue des détracteurs, la télé-réalité en France c’est une bande d’imbéciles parquée dans une villa somptueuse à l’autre bout du monde (optionnel), qu’une autre bande d’imbéciles (les téléspectateurs) observe interagir sur plusieurs épisodes. A coup de répliques stupides devenues cultes (« Nan mais allô quoi »), de coucheries et tromperies à tout-va, de physiques fakes et personnalités stéréotypées, le tout orchestré par une production racoleuse et sans scrupules. Il y a du vrai mais ne mélangeons et surtout ne stigmatisons pas tout… La télé-réalité c’est une diversité de programmes allant de Koh-Lanta à Secret Story en passant pas The Voice, Un dîner presque parfait, Top Chef, etc. Elle existe dans notre pays depuis trois décennies, nous vient bien sûr des Etats-Unis et du Royaume-Uni, a toujours fait l’objet de critiques acerbes. Cependant les shows et émissions n’ont de cesse de perdurer et se multiplier tant l’audimat en redemande.

Les catégories de téléréalité

Le huis-clos

Vu plus haut, il s’agit d’un lieu coupé du reste du monde (plus ou moins) dans lequel évolue sur plusieurs semaines une vingtaine de candidats dans un cadre idyllique propice aux aventures, romances, amitiés, activités, clans et tensions. Les saisons se renouvellent pour les plus populaires des programmes avec chaque fois une nouvelle promotion. A l’inverse, les mêmes candidats reviennent dans des lieux différents.

Quelques exemples:

Secret story, Loft Story, Nice People, Les colocataires, La Ferme Célébrités, Le Pensionnat,  Les Anges de la Téléréalité, L’île des Vérités, La Villa des Coeurs Brisés, La Maison du Bluff, Le Bachelor, Greg Le Millionaire, La Belle et ses princes, L’île des tentations, Opération Séduction, La revanche des Exs, Qui veut épouser mon fils, 10 couples parfaits, Les Marseillais, Les Chtis, etc.

Salon Secret Story

villas telerealite

A domicile

Ce format s’invite dans l’intimité d’individus, familles, couples, chez eux ou sur leur lieu de travail, de vie et font intervenir un expert afin de les aider dans une démarche précise. Pour en citer quelques-uns:

L’Amour est dans le pré, Pascal le grand frère, Confessions intimes, Super Nanny, Tellement vrai, Cauchemar en cuisine, Les Reines du Shopping, Bienvenue chez Nous, C’est du Propre, etc.

L'amour est dans le pré

Télé-crochet

Certains programmes de type télé-crochet frôlent le genre ou l’embrassent totalement tel que c’est ou fut le cas pour Star Academy, Pop Star, The Voice, Nouvelle Star, etc.

Star Academy

Road-trip ou terrain de jeu à bâtir

Sur ce schéma, les candidats sont en mouvement, en quête. On les suit au travers de leur aventure. Ils se déplacent ou construisent leur camp. C’est le cas dans Koh-Lanta, The Island, Pékin Express, Moundir et les apprentis aventuriers, Road trip entre amis, etc.

fidji dénis brogniard

Enjeu, but, récompense

Le fond peut-être sportif et/ou compétitif, caritatif, expérimental, etc. L’enjeu sera financier ou de coeur. Les candidats vainqueurs repartent au bras d’un(e) amoureux (se) ou avec un gros chèque mais principalement, c’est en notoriété qu’ils gagnent afin de décrocher de futurs contrats tels que nouvelles participations ou bien partenariats commerciaux.

Le contenu addictif de la télé-réalité

Autrement dit, pourquoi regardons-nous ces émissions. Je vais parler en mon nom car ici je pense que les raisons diffèrent d’une personne à l’autre. En effet, on peut consommer ce genre de programmes sans pour autant aimer tous les styles. Par exemple j’aimais regarder Star Academy mais pas The Voice ni la Nouvelle Star.

Greg Lucie Star Ac

Ce qui me plaisait dans le premier était de pouvoir suivre les candidats au sein même du château, de les voir vivre. Beaucoup parlent de voyeurisme parce qu’il s’agit de « vraies personnes », hors elles sont au courant, il n’y a là aucune atteinte à leur intimité puisqu’elles sont consentantes. Pourquoi prendre plaisir à observer une bande d’inconnus ? Parce que l’humain aime les histoires quelles qu’elles soient ! Pourquoi va t-on au cinema ? Pourquoi lit-on ? Pourquoi tant de biographies sortent en librairie chaque année ? Pourquoi le storytelling est-il un outil marketing capital ? Tout simplement pour faire l’expérience par procuration d’autres destins.

Pour ma part, regarder Secret Story, Star Academy ou le Bachelor me contente tout
autant qu’un bon épisode de Friends, How I met your Mother ou Ally Mc beal.

Friends salon

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Je retrouve des personnages que j’affectionne ou déteste, qui me font rire, dont les histoires de coeur me touchent. Certes les séries sont contradictoirement plus réalistes puisqu’elles sont censées reproduire un contexte naturel de vie là où les candidats ne travaillent pas et sont isolés, dans un jeu en quête d’argent. Dans une sitcom, les dialogues sont soignés, les décors, la musique, l’intrigue est travaillée, le suspense, etc. En téléréalité on se concentre principalement sur les rapports humains. Le fait que ces personnages-personnes comme on les appelle soient justement réels, que (normalement) ils ne jouent pas, que leur rires sont sincères tout comme leurs larmes et leurs sentiments, contribue au processus d’identification. Ils ont entre 20 et 40 ans, sont français, issus de la même culture et génération que moi… J’ai par ailleurs remarqué que souvent le contexte favorise la popularité de tel ou tel candidat. D’un programme à l’autre, le chouchou peut devenir le vilain petit canard. Cela me fait réfléchir, relativiser. Je me pose la question: « Et toi, tu aurais fait quoi à sa place, quelle image aurais-tu donné ou aimé renvoyer et pourquoi ? »

On y retrouve tous profils, du plus discret au plus exubérant, de la fleur bleue à la séductrice, du dragueur compulsif au timide gentil, de la grande gueule au bisounours, de la bimbo siliconée à la nana simple et naturelle, du musclé tatoué au geek à lunettes. Le paysage audiovisuel y est, contrairement aux idées reçues, varié et l’on peut aisément trouver celui duquel on se rapproche le plus. Finalement ces candidats, c’est nous. Qui n’a jamais fait ça pour les séries… Je me souviens qu’adolescentes mes copines gloussantes et moi nous amusions à nous attribuer un personnage de Friends, Desperate Housewives, etc. Evidemment j’étais Monica ou Susan tout en rêvant d’être Rachel. Anyway.

Je ne dis pas que toutes ces émissions sont de qualité, loin de là. Certaines sont à la limite du pathétique et c’est à se demander à quel degré il faut les regarder. Cependant, je me sens plus à l’aise devant un épisode de Top Chef, à rire de l’accent de Maximilien ou des taquineries entre Philippe Etchebest et de Michel Sarran que devant un débat politique ou une chaîne d’infos en continu. Et que celui qui viendra me dire que la téléréalité manipule ses téléspectateurs y regarde à deux fois pour tout ce qui est infos et politique… Là n’est pas le débat, je sais mais au final, tout ce qui est retranscrit en télévision est destiné à influencer le téléspectateur et l’inciter à consommer de telle ou telle sorte. Achetez-ce livre, allez voir ce spectacle, ce film, portez ces vêtements, mangez ainsi, aller en vacances là, votez pour untel, etc.

top-chef-2017

Le format d’émission-feuilleton fonctionne pour les mêmes raisons que tous les feuilletons fonctionnent. On s’attache, on veut connaître la suite, les personnages sont hauts en couleurs, charismatiques, les histoires de couples fascinent, les tromperies, les disputes, etc.

Critiques émises autour de la réal TV

Abrutissant, débilisant, télé-poubelle, candidats stupides, formatés, culture générale au plus bas, production manipulatrice, conditions excessives, racoleur, avilissant, trash, vulgaire.

tv réalité

Je me souviens de cette intervention d’Alexandre Astier dont j’admire l’oeuvre et le génie, ayant vivement critiqué la télé-réalité lors de son passage chez Morandini. Son opinion tranchée sur ce type de programme était sans appel: « C’est grave » qu’autant de personnes suivent ces émissions alors qu’ils pourraient en regarder d’autres bien plus inspirantes. Certes. On pourrait mettre à profit le temps consacré à une quotidienne de Secret Story en le remplaçant par un reportage sur la physique quantique, par exemple, histoire d’étoffer sa connaissance. Ce à quoi répond l’une des protagonistes de la télé-réalité que « parfois on a juste envie de ne pas se prendre la tête ». Argument que semble déplorer Alexandre Astier. Cependant je rejoins complètement l’avis de cette femme. Il y a des émissions que j’aime mettre en fond pendant que je joue au poker ou bien lorsque je cuisine. Une émission légère, pleine de vie, d’humour, détente, qui ne va pas solliciter ma complète attention. Oui c’est reposant et divertissant. On fait travailler son cerveau toute la journée, au travail, à l’école, dans les tâches quotidiennes. Faire un break est parfois agréable. Est-ce que cela signifie que l’on ne consomme que ce type d’émissions ? J’ose espérer que non. Je suis une grande fan de Secrets d’histoire, mais aussi de documentaires, reportages, émissions scientifiques, etc. L’important est de varier. Pour ma part je trouve le contenu de la presse féminine totalement aberrant et pourtant je respecte celles qui les lisent en espérant qu’elles ouvrent de temps à autre un Science et Vie. Ce qui me chagrine dans l’attitude d’Alexandre Astier c’est principalement le ton emprunté, méprisant et moqueur. En regardant cet extrait, c’est comme si cet homme que je respecte tant venait de me cracher dessus. J’ai eu honte ce jour là et je ne trouve pas cela juste.

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Les candidats sont bêtes et caricaturaux

Les candidats sont en effet dans la caricature, consciemment ou non. Ils sont choisis pour leur forte personnalité, leur façon de s’exprimer, de se mouvoir et de se distinguer des autres. Exactement comme dans une série! Prenons Sex and The City par exemple. On y retrouve Miranda, la working girl stricte, Samantha la femme fatale croqueuse d’hommes, Charlotte la coincée bon chic bon genre et Carrie, la fashionista romantique. Dans Secret Story cette année, Barbara serait volontiers Samantha; Charlène, Charlotte; Laura, Miranda; Kamila, Carrie. Dire que les candidats sont dans la caricature c’est reconnaître qu’ils ont été sélectionnés car ils correspondent aux clichés que l’on attribue aux marseillais par exemple: ils parlent forts, sont dans l’excès, ont un accent prononcé, etc. Oui. Et ?

sex and the cityCharlene Laura Kamila Barbara

Les candidats sont-ils bêtes ? Qu’est-ce que la bêtise… Manquer de culture ou bien d’intelligence ? Ne pas savoir s’exprimer toujours parfaitement ? Alors oui, certains shows mettent en avant des candidats « bêtes » qui ne s’en cachent pas et jouent même de cela. Pour ne citer qu’elle, Nabilla l’ingénue est devenue une icône de cette génération télé-réalité. Les perles des candidats sont souvent relayées et moquées tout comme celles des futurs bacheliers. C’est mignon, c’est bon enfant. On en rit tout en craignant que cette « bêtise » se banalise, que les ados la prennent pour exemple ? Ce serait remettre en question l’éducation des parents et l’enseignement. En effet, les ados regardent ces émissions environ deux heures par jour mais le reste du temps ils sont à l’école ou en famille. Ce n’est donc à priori pas la télé qui peut en deux heures de temps ruiner les quatorze heures restantes d’éveil. Si ? A se demander où naît la bêtise en ce cas…

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Les jeunes copient les candidats, les imitent et les envient

Beaucoup craignent que les « jeunes » se laissent influencer par ces starlettes, les imitent. C’est un peu le même débat avec les jeux vidéos… Il faudrait arrêter de penser que parce que l’on fait l’expérience prolongée de quelque chose de virtuel, on souhaite systématiquement reproduire dans la réalité celui-ci ! Jouer à Call-of Duty ne me donne pas envie de tuer des gens dans la vraie vie; Regarder un candidat de Koh-Lanta tenir deux heures sur un poteau ne me donne pas une idée d’activité pour ce week-end.

Il est vrai que le fait de pouvoir suivre les candidats sur leurs divers comptes (Instagram, Twitter, etc.) crée une proximité artificielle. Beaucoup se disent: « Pourquoi pas moi ? Je suis comme eux ». Oui. Est-ce dangereux ce « manque d’ambition » ? A mon sens pas vraiment car beaucoup n’ont pas encore compris l’ampleur des réseaux sociaux. La société évolue, des métiers nouveaux émergent, les influenceurs sont les nouveaux vecteurs de communication et de consommation. (Voir à ce sujet mon dernier billet sur Instagram).

Coralie Porrovecchio InstagramÊtre mannequin est un métier par exemple. Kate Moss, Adriana Lima, et Bella Hadid sont mondialement connues pour leur simple fait d’armes d’être belles. Alors laissons les jeunes devenir ce qu’ils veulent devenir, tant qu’ils s’épanouissent. La diversité crée la société dont le parfait équilibre repose dans le fait que nous ne voulons pas tous devenir des savants, des stars, des artistes, des ingénieurs, des astronautes, des sportifs, etc. Chacun apporte sa pierre à l’édifice et il n’y a pas de mal à compter parmi nos célébrités une Nabilla au même titre qu’un Alexandre Astier. Il n’y a pas de mal à regarder un épisode de Confessions intimes suivi d’un reportage sur Arté. Il n’y a pas de mal à envoyer des gifs débiles à son frère et discuter ensuite de la théorie de la relativité. Il n’y a pas de mal à lire un Marc Levy et enchaîner par un Stendhal. Il n’y a pas de mal à jouer à Candy Crush et se faire plus tard une partie d’échecs. Tout est question d’équilibre: la balance des genres et la modération. Si votre enfant ne fait que consommer des émissions que vous jugez abrutissantes, le problème ne vient peut-être pas de l’émission mais de votre enfant… A l’instar, on devient fumeur par imitation. On sait que c’est mauvais pour la santé mais on fait le fait quand même, bêtement. Cela fait-il de tous les fumeurs des abrutis finis ?

Je vous laisse sur cette réflexion. Pour terminer, voici une liste de candidats popularisés par ces émissions suscitant aujourd’hui la sympathie, et pourquoi pas l’indulgence et l’ouverture d’esprit des détracteurs…

Jenifer

Jenifer

Nolwenn Leroy

Nolwenn-Leroy

Gregory Lemarchal

Gregory Lemarchal

Julien Doré

Julien Doré

Matt Pokora

M-Pokora

Kendji Girac

Kendji

Elodie Fregé

Elodie Frégé

Moundir

MOUNDIR

Caroline Receveur

Caroline Receveur

Norbert et Jean

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Loana

Loana

Nabilla

Nabilla

Capucine Anav

Capucine Anav

Laurent Ournac

Laurent Ournac

Steevy Boulay

steevy boulay

Karine Ferri

karine-ferri

Ariane Brodier

Ariane Brodier

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Typologie des comptes Instagram

Il y a deux ans, je dressais la liste non exhaustive des différents types d’utilisateurs du réseau social superstar: Facebook. Aujourd’hui, je me penche sur le phénomène  Instagram qui connaît un engouement et une croissance exponentiels. Chaque mois ce sont en effet près de 600 millions d’utilisateurs qui se connectent et partagent leurs photos ou du moins, parcourent les différents comptes. Exhibitionnistes et voyeurs assumés, les « Igers », comme sont nommés les détenteurs d’un (ou plusieurs) compte(s) sur la plateforme, ont chacun une motivation et un comportement qui leurs sont propres. Néanmoins, les comptes se suivent et se ressemblent les uns par rapport aux autres, selon leur typologie. 

Instagram: divertissement ou business ?

Lorsqu’en 2010 l’application de partage et retouche de photos au format carré faisait son apparition sur nos smartphones, les timides détenteurs postaient des clichés innocents et maladroits dans le but de diffuser de manière privée ou publique un peu de leur vie, leur quotidien. Utilisation excessive de filtres, émergence du hashtag, flux inintéressant, l’instagram des débuts n’a plus rien à voir avec celui que nous connaissons aujourd’hui qui pioche ici et là sans vergogne les « features » populaires des concurrents: les filtres détectant le visage et y ajoutant des éléments amusants tels qu’oreilles d’animaux ; les « stories » et vidéos en direct, etc. Il est même dorénavant possible d’épingler des « hashtags » dans ces courtes séquences ainsi qu’une localisation. Très vite, les marques ont repéré la manne et envisagé ce réseau comme une vitrine, une source de diffusion marketing idéale, le mot GRATUIT clignotant en lettres capitales. Facebook a également flairé le potentiel du morceau puisqu’en 2012, le groupe rachetait Instagram pour la modique somme de 766 millions d’euros.

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Particuliers ou entreprises ?

Les comptes Instagram sont donc aussi bien gérés par des utilisateurs récréatifs que par des marques dans une quête publicitaire et communautaire. Ces dernières sont totalement claires là-dessus puisque le nom du compte est celui du produit et même si le feed se présente sous forme de grille savamment agencée et étudiée, aux contenus attractifs et fédérateurs, l’incitation à la visite du site, au clic et à l’achat est on ne peut plus évidente.

Le doute est permis lorsque des individus placent des produits dans leur contenu mentionnant dans la légende « @nomdelamarque », redirigeant subtilement l’utilisateur vers la page commerciale. Les anonymes le font bien entendu à but non lucratif, pour promouvoir innocemment un vêtement ou bien un lieu apprécié. En revanche, les personnalités sont le plus souvent rémunérées pour cet exercice ; à force de partenariats commerciaux et forte exposition sur les réseaux sociaux, elles deviennent à elles-seules des marques ambulantes dont le métier est de multiplier les placements de produits et d’en vivre. Les candidats de Télé-Réalité s’illustrent particulièrement dans cette discipline, payés notamment pour faire acte de présence dans les boîtes de nuit afin d’appâter les clients. Ces « prestations » et promotions sur les réseaux sociaux constituent une source de revenus supplémentaire non négligeable, en dehors des tournages. L’application ressemblerait alors à un centre commercial virtuel aux vitrines ciblées sur les centres d’intérêt de chacun. La facturation de ces participations dépend du nombre de followers de la « star » qui va promouvoir, du nombre de placements, etc. Cela variera donc d’une centaine d’euros à plusieurs milliers par publication, là ou certains offrent des cadeaux type séjour gratuit, bijoux, vêtements, etc. Voilà pourquoi de nombreux ados sont plus que tentés par cette perspective d’avenir alléchante.

Blogueur (blogger), influenceur (influencer)

Au fil des années, ces activités lucratives ont trouvé leurs titres. Ils sont blogueurs, influenceurs et ces « métiers » sont à prendre au sérieux à l’ère des millenials et du numérique, n’en déplaisent aux jaloux qui rêveraient de gagner des sous en voyageant, portant des vêtements et bijoux de luxe offerts par des marques prestigieuses, testant des voitures de rêve et rassemblant une communauté de « followers ».

« Ouais mais attends, c’est pas un vrai métier ! »

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Alala… Eternel débat aussi risible que la polémique sur les salaires d’hommes  politiques et joueurs de foot. Ma foi, même si cela paraît injuste et surpayé pour beaucoup, je ne jalouse en rien leur quotidien, et ce, même avec la perspective de six zéros sur un chèque à la fin de l’année! On est tous né pareil: tout nu, tout gluant, tout chialant, se faisant fesser. On avait potentiellement tous la chance de devenir ce que l’on voulait et si ton ambition était ce genre de salaire, bah t’avais qu’à aller courir tous les matins et te défoncer sur un terrain ou bien te lancer dans de très longues études.

« De toute façon, ce n’est que du piston tout ça » #rageux.

D’ailleurs, en parlant de ce genre d’individus, il existe un terme bien précis pour les qualifier: on les nomme haters, anglicisme signifiant « ceux qui haïssent ». Ouais, les gros envieux qui ne peuvent s’empêcher de rabaisser publiquement la personne visée, se moquer, tenter d’humilier et de discréditer celui qu’en réalité ils jalousent profondément que ce soit pour leur physique, leur train de vie, leur bonheur apparent, leur succès, etc. Critiquer est la passion des losers, c’est bien connu. J’ai coutume de dire: il y a ceux qui font et ceux qui en parlent. Choisis ton camp baby. Je vais quand même être obligée de me moquer un tout petit peu pour en dresser les différents portraits dans un but anthropologique, promis ^^.

Typologie des Igers

Comptes récréatifs

L’abonné aux absents: compte crée, non utilisé. La page est vierge de publication.  Une poignée d’abonnés et abonnements. Fin.

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Le spectateur: la plateforme est pour lui une sorte de chaîne TV ou internet. Il se connecte de temps en temps et consulte les dernières publications; ne pense ni à « liker », ni à commenter. Son « feed » n’est pas ou peu entretenu. Sa photo de profil date d’il y a plus de cinq ans tout comme ses dernières publications. Il conçoit Instagram comme un magazine et non une interaction.

L’assidu dilettante: Il se connecte plusieurs fois par jour, envoie et répond aux messages, regarde quelques stories, propose la sienne, utilise les filtres, s’abonne à de nombreux comptes en accord avec ses centres d’intérêts ; scrolle le flux pendant ses pauses et moments d’ennui ou d’attente; publie lui même régulièrement du contenu, généralement ce qu’il mange, ce qu’il boit, des selfies, photos de groupe, lieux de sorties, etc.

#food #me #selfie #chill #relax #friends #weekend #family #skyporn 

L’addict: Pokemon évolué de l’assidu, ce dernier est accroc à Instagram, il y passe sa journée. Même au boulot, en permanence connecté, il reste à l’affût de nouvelles publications. Il commente, like, diffuse, s’abonne, regarde toutes les stories, abuse des filtres et posts, etc. Daily (over)dose of Insta. Il a en général pas mal d’abonnés et abonnements, environ 1k, manie les hashtags à la perfection et connaît les tendances.

#iger #follow4follow #followme #l4l #f4f #tb #picoftheday #like4like #instagood #tumblr

Le philosophe: Son feed se veut sérieux et épuré. Il poste des citations profondes et proverbes inspirants de grands penseurs (ou non) qu’il a pompé sur Pinterest. Il est abonné aux comptes TedX et Aristotle_quotes, bien évidemment. Les textes superposent des photos de plages paradisiaques, de jeunes femmes les bras en l’air, de couchers de soleil ou bien d’hommes « successfull » et puissants, qui n’ont jamais give up etc. Il te stimule autant qu’il te saoûle, un peu comme un mojito.

#realtalk #postive #mood #happy #thinkpositive #positivevibes #quotes #psycho #motivation #philo #inspirational

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Le sportif: il est beau, il est musclé, il le sait, il s’auto-kiffe et veut le montrer à tout le monde, sur chaque cliché. Il pense, vit, mange, dort et boit SPORT. Sa page est une succession de photos banales présentant sa routine sportive: lui à la salle, photo face au miroir dans le vestiaire exposant son six-pack luisant ; lui dans son lit, bras replié derrière la tête, yeux plissés, moue boudeuse/bad boy, torse imberbe, tatouage tribal apparent ou phrase en latin de kéké et légende qui se veut profonde ; photo de ses flocons d’avoine et de son blanc de poulet-brocolis sans matière grasse ; lui avant/aprés ;  une phrase motivante du style « No pain no gain » ; un bilan Runtastic (nombre de kilomètres parcourus), un body challenge par ci, une recette de shaker/smoothie par là, etc.

#sport #healthy #lifestyle #muscles #fit #fitboy #fitness #gym #motivation #strong #train

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La sportive: leggings, queue de cheval, tout en yoga et cure detox, elle te parle bien-être, médite et met son fessier savamment moulé bien en évidence.

#booty #sexy #body #sexygirl #fitness #fitgirl #crossfit #yoga #healthylife #fitnessgirl #bodychallenge 

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Le fêtard: il sort, il boit, il voit ses amis tout le temps et partout, prend des photos, s’identifie, commente, poste, localise ses sorties, participe a plein d’évènements (festivals, matchs, spectacles, boîtes, soirées, vacances). L’alcool coule à flots, les carrés VIP se succèdent, il se filme en train de « danser » en boîte, etc.

#party #nightlife #aboutlastnight #nightowl #partyhard #pasletime #toujoursplus #yolo #projetx #festival #music

Le balla: son niveau de vie plutôt élevé lui permet de jouir des plaisirs que lui offre son statut. Grands hôtels, belles tables de restaurants, destinations de rêves, privilèges tels que vols en première classe, sortie en yacht de luxe, etc. Les légendes sont toujours positives et reflètent sa vie merveilleuse et mouvementée. Exemple: «Dîner blanc à Paris, beau et bien entouré », « balade en mer et escale à St-Trop ». Souvent en photo avec des « stars » (prétendant être) l’ami d’untel ou untel, il diffuse abondamment des clichés de produits haut de gamme tels que montre Rollex, accessoires Louis Vuitton, Cristal Champagne, Caviar Beluga, voitures de collection, etc.

#luxury #luxurylife #money #ballers #enjoy #cash #jetlag #boatlife #chill #enjoylife #supercar #palace #hôtel #villa

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Le dalleux: il est célibataire et il a faim! Il conçoit Instagram comme un site gratuit de rencontres. Il s’abonne à tous les comptes de ladies pas trop farouches qui semblent allergiques aux vêtements. Il like, envoie des messages, commente à l’aide d’un vocabulaire varié et châtier:  « t magnifik » ; « Vraiment superbe »; « waow, ske t bonne bb ».

#hot #lesplusbellesfemmes #booty #sexy #lingerie #bikini #body #cute #beauty #boobs #women

La bimbo: version féminine du dalleux, elle est disposée à être likée, suivie, complimentée, draguée; adore le filtre chien, koala, lapin… Bref, tout ce qui a une grande langue et de grandes oreilles; abuse de tous ceux qui lui confèrent un regard de biche, de coquine et lui donne l’air d’une princesse cagole comme le filtre couronne de fleurs; aime le maquillage, les faux cils, le rouge à lèvres pétant; est atteinte de la maladie de Labouchencudeupoul;  se cambre exagérément, présente son look du jour légendé d’un « Bonne journée » (voir à ce propos l’excellent sketch de Fary). Parfois, elle est triste, fait la moue et accompagne le cliché d’un « tu m’as brisée mais merci, grâce à toi j’ai fait le tri dans ma vie, ojd j’suis plus forte ».

#ootd #ootn #style #girly #sexy #cute #me #nail #hair #makeup #polish #tan #nofilter #filtresnapchat

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Le voleur: il a pris toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux. Nan je déconne. Il a juste pompé toutes les photos stylées qu’il a trouvé cool sur d’autres comptes et a estimé qu’il pouvait prétendre en être l’auteur en les postant trankiloubilou sur son feed perso.

#yolo #nocopyrightneeded #tmtc #resteal #vismavie 

Le beauf: il t’identifie sur des photos où tu n’apparais même pas, commente de façon inutile ou déplacée tes publications. Il poste des blagues et des images très pixélisées, vues et revues, en mode easy tacle de blondes ou police. Il aime le foot et le tunning (oh les clichééés) et publie beaucoup de contenu de son fils sur sa moto et de dames en résille.

#lol #jackda #pastis #joke #alcohol #babe #beer #booze #drinks #drinking #fun #friends #happyhour #tunning #moto

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Le thug: il est parfois ce mini gangsta des rues agé de 15 ans, qui se la joue rebelle dépressif et fume. Sa photo de profil représente souvent une bouteille de whisky ou lui en train de faire un fuck ou un « V » avec ses doigts. Il emmerde le système mais n’impressionne que lui même et son crew avec trois poils au torse.

#nikelapolice #fuck #thug #thuglife #lamif

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L’amoureux de son animal de compagnie: il ne diffuse que des photos de sa bête à poils/plumes si bien que le compte est le plus souvent au nom de l’animal lui-même. Certains animaux sont même devenus de vraies stars comme @Smoothiethecat (le plus beau chat du monde, tu peux pas test) ou @Loki_the_wolfdog (1,5 millions d’abonnés quand tu en rassembles péniblement une centaine, va dire que l’homme est au dessus de l’animal après, vas-y! )

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#pet #petgram #petlover #petlovers #cat #dog #catlover #doglover #puppy #kitty #petlovers #adorable

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Comptes lucratifs

Parlant de ces animaux stars, la transition vers les comptes lucratifs se fait presque naturellement puisque, ne soyons pas dupe, ce genre de compte qui fédère une telle communauté, intéresse nécessairement les marques venant alors à proposer des placements de produits rémunérés et autres partenariats. Cependant, avant d’en arriver à un tel succès, il faut partir du bas de l’échelle et appliquer une méthode d’appât pour gagner des « followers ». Exemple: s’abonner à plusieurs comptes, commenter, liker les publications d’inconnus, publier souvent, étudier des hastags populaires, etc. Certains utilisent des algorithmes  qui permettent de reléguer ce travail permanent et fastidieux à une sorte de bot opérant intelligemment.

L’artiste en promo: il est comédien, chanteur, musicien, humoriste, peintre, dessinateur, graphiste, photographe, monteur, vidéaste, webdesigner, etc. Il se sert d’Instagram dans son propre intérêt, dans l’idée de faire découvrir son travail et son produit à une cible plus large.

#photography #photoftheday #music #band #tattoo #artist #song #video #paintings #drawings #sketch #artwork #art #arty #singer #new #release #newvideo #newsong #concert #etc.

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Le VRP:  à peu près le même concept que l’artiste sauf que la pub est pour sa boîte, son produit (nouvelle application, alimentation, gadget, vêtements, accessoires, etc), son entreprise et que ça ressemble davantage à une annonce ou un spam qu’à une publication divertissante.

#brand #newlogo #comingsoon #sales #specialoffer #newdeal

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La tutoGirl: feed de vidéos, tutos makeup, coiffures, DIY (Do It Yourself) pour se créer un style vestimentaire avec trois fois rien et payer très cher des produits de maquillage dont on a pas vraiment besoin…

#makeup #tutorial #diy #tutomakeup #dailytuto #beautytips #tuto #videos #artistmakeup #makeuplover #makeupaddict #bloggers #ootd #ootn #fashion #style

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Le globtrotteur: fait le tour du monde, seul ou accompagné, avec son sac à dos. Parfois il conduit un van, souvent il a un chien. Paysages incroyables, destinations magiques, cocktails dans une noix de coco ou un ananas sur fond de mer cristalline, il te fait rêver et te fout aussi la haine.

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#destination #expat #traveltheworld #instapassport #travel #escape #explore #backpackers #vanlife #travellife #discover #dive #traveler #vacation #vibes #summer #lifewelltraveled #travelawesome #travelblogger 

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Le cook ou foodlover: compte pro ou perso, il est souvent chef cuisinier ou grand amateur. Photos plus ou moins réussies, les plats créatifs et appétissants se succèdent. De plus en plus de foodlover se forment à la photo culinaire afin de sublimer leur rendu et susciter de l’intérêt. La bouffe est un art. « On dit pas la bouffe ». La bouffe p*****!!!Capture d_écran 2017-08-15 à 15.28.03

Il est parallèlement celui qui se passionne pour la bou… la nourriture et photographie ses plats au restaurant.

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L’auto-entrepreneur: Startuppeur, founder (ouais, c’est toujours plus stylé en anglais que veux-tu), digital active, coach, etc. Tout est dit, il crée la tendance et son mojo est « workhard » paraît-il…

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#mindset #growthhacker #entrepreneur #investor #youtubeur #coach #personaltrainer #motivation #officeoftheday #startup

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L’influencer (ou Power user): il est le modèle dont le nom devient à lui seul une sorte de marque, de référence, d’où le terme d’influenceur car ce n’est pas seulement son style que l’on admire mais son mode de vie (son lifestyle): ce qu’il mange et où, ses lieux de sorties, ses destinations de voyages, ce qu’il consomme, etc. C’est un phénomène très très intéressant pour les marques qui en font des vecteurs puissants. 

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Le contenu des comptes de ces influenceurs a tendance à se ressembler de l’un à l’autre car ce sont souvent les mêmes quotidiens qu’ils tendent à suggérer: manger gastro et healthy (sainement), dans des lieux trendy (tendance) ; s’habiller avec style, le plus souvent griffe apparente, ; séjourner au sein de complexes hôteliers de rêve ; arborer un physique entretenu et impeccable, etc.Capture d_écran 2017-08-16 à 16.09.21Capture d_écran 2017-08-16 à 16.09.43

#lifestyle #menswear #blogger #igers #digitalinfluencer #growthhacker #influencer #bloggeur #luxury 

Il est sociologiquement très intéressant d’analyser ce que poste untel ou untel, à quelle fréquence, la légende qui accompagne l’image ; de même que de se pencher sur la description (la BIO), le nombre d’abonnés/abonnements et le type d’abonnements. On en apprend beaucoup sur les utilisateurs grâce à ce réseau. Et vous, quel type d’utilisateur êtes-vous?

Publié dans Billets

Que faire des photos de son Ex

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« Si ta relation est finie, pourquoi garder les photos? »

Voilà. C’est suite à cette énième remarque que l’envie d’écrire un article à ce sujet m’est venue. La question en soi ne se pose pas pour moi mais visiblement pour d’autres si. Pourquoi donc « garder des photos » d’une relation passée sur un réseau social par exemple comme c’est ici le cas pour Facebook. Oui, j’ai en effet encore des photos de ma dernière relation qui a duré trois ans. Non, je ne compte pas les supprimer sauf si on m’en donne une raison valable. Pourquoi ? Hum. Ok, tu as 5 minutes ?

Que faisait-on des souvenirs amoureux avant Facebook ?

Quand une histoire d’Amour s’achevait et qu’internet n’existait pas, Facebook encore moins, deux options s’offraient à nous. Mais cela dépendait avant tout de comment s’était terminée cette dite relation.

Rupture en bons termes :

  1. Trouver une boîte à chaussures ou piquer une boîte à biscuits vintage  en fer à ta mamie;
  2. Rassembler les photos, mots doux, tickets de cinéma, lettres, bijoux et tous ces petits trésors qui font écho à cette relation;
  3. Les placer dans le coffre de fortune, sourire avec nostalgie, fermer la boîte, la placer sur l’étagère la plus haute de la penderie ou sous le lit.

Rupture en mauvais termes :

  1. Mettre le CD d’Evanescence dans ta chaîne HiFi et appuyer sur Play;
  2. Rassembler les photos, mots doux, tickets de cinéma, lettres, bijoux et tous ces petits trésors qui font écho à cette relation;
  3. TOUT BRÛLER !!
  4. Faire une poupée Vaudoo à l’effigie du salopiaud (ou salopiaude) et y planter des petits coups d’aiguilles à l’endroit du coeur.

Analyse de ces comportements:

L’histoire est terminée, que ce soit en bons ou mauvais termes, on range ou détruit les souvenirs qui y sont reliés pour avancer, pour ne pas y être confronté tous les jours afin d’éviter pincement, nostalgie, tristesse, mélancolie ou douleur. Acte de colère, d’impuissance ou de raison, le premier réflexe semble en effet de vouloir éradiquer cette période, cette personne, du moins temporairement, jusqu’à ce que ça ne fasse plus mal, que cela cicatrise.

Que fait-on des souvenirs amoureux à l’ère du numérique ?

Facebook, Instagram sont les frigos des temps modernes. Au lieu de placarder tes photos de vacances dessus avec un magnet trouvé dans un paquet de céréales, tu les affiches sur ton « mur » à la vue de tous. Bon. C’est beaucoup moins intime que des photos que tu encadres et qui restent chez toi, certes. Cependant, les jours passent et ces souvenirs se perdent dans la masse, dans le fil d’actualité et dans tes albums. Contrairement aux images suspendues aux murs de ton appart ou sur le rebord de ton bureau, tu ne les as pas sous les yeux H24. Il faudrait faire la manipulation volontaire de regarder en arrière, se replonger dans les archives. Exactement comme quand tu ressors un vieil album de famille de la bibliothèque en bois sombre. Enfin généralement à ce moment là c’est dimanche et tu es chez tes grands parents en train de digérer, à l’heure du café et ta mère, ta grande-tante et ta grand-mère chantent à l’unisson des « OOOh et là. Oh ouiii. Ils étaient mignons quand même ». Oui, elles regardent les photos de bébés. Papy dort et toi tu discutes avec ton frère. Les années argentiques quoi, celles où tu allais faire développer tes photos et où ça coutait de l’argent les souvenirs! (Pellicule, développement, album, cadres). Là n’est pas la question, pardon.

Années numériques:  deux options après une rupture, si tant est bien entendu que tu sois du style à diffuser tes photos.

Rupture en bons termes :

  1. Laisser les photos sur Facebook / Instagram. 
  2. Rassembler les photos imprimées, mots doux, tickets de cinéma, lettres, bijoux et tous ces petits trésors qui font écho à cette relation;
  3. Les placer dans le coffre de fortune, sourire avec nostalgie, fermer la boîte, la placer sur l’étagère la plus haute de la penderie ou sous le lit.

Rupture en mauvais termes :

  1. Supprimer les photos sur Facebook / Instagram en cliquant vénèrement sur la petite poubelle, ouais comme si tu mettais des petits coups vaudoo. Tiens, tiens et tiens, prends-ca batard!
  2. Rassembler les photos imprimées, mots doux, tickets de cinéma, lettres, bijoux et tous ces petits trésors qui font écho à cette relation;
  3. TOUT BRÛLER !!

Synthèse

Au final, la seule chose qui change c’est que le besoin de supprimer ne se fait plus ressentir (en bons termes) puisque ces souvenirs ne sont pas sous nos yeux. Ils n’apparaissent qu’aux visiteurs qui fouillent nos souvenirs pour ensuite venir nous questionner.

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« Ouais mais ça veut dire que tu n’es pas détachée, que tu l’aimes toujours. »

Ah. Ok. Oui peut-être. J’ai aussi des photos de mon père dans mon porte feuille. Et pourtant… Hum. J’ai aussi des photos d’anciennes amies avec qui ça a grave pété. J’ai aussi des photos de lieux dans lesquels je ne vis plus. Bref. Cela fait partie du passé. C’est fini mais ça a existé, ça a compté. C’était heureux souvent, c’était malheureux parfois. Je n’ai pas besoin de faire disparaitre de preuves. Si par hasard je tombe sur ces clichés, je souris. Ce sont de belles images, de beaux moments que je ne regrette pas. Ils font partie de ma vie et de ce que je suis aujourd’hui. Si je rencontre quelqu’un et que je vois dans ses albums des photos d’une ex, non, je ne serais pas jalouse. Elle fait elle aussi partie de sa vie. Bon bien entendu, faut pas exagérer et mettre ce genre de photo en profil ^^ Mais hormis ça… keep it cool. Clic clic clic.