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Entretien avec mamie

 « Mamie, tu pourrais m’envoyer les photos de l’anniversaire sur Facebook s’il te plaît ?

– Oui mais comment fait-on cela ma chérie ? Je les ai sur mon appareil numérique.

– Tu connectes ton appareil photo à ton ordinateur avec le câble USB  sur ton écran, tu sélectionnes les photos puis tu les transfères dans un fichier sur ton bureau par exemple. Ensuite tu me le copies et me l’envoies via Messenger.

– … »

Pour toi, enfant des années 90 ou fruit de la « jeune génération », ces procédés paraissent bien simples parce que tu es né dedans ou as grandi avec.

Oui mais nos grands-parents aussi ont vécu l’apparition de ces nouvelles technologies,  en même temps que leurs enfants et petits-enfants.

Certes. Cependant, leur génération a appris à vivre et procéder différemment ; il est très difficile de changer les habitudes ancrées depuis l’enfance, une façon de percevoir, comprendre et utiliser un outil si différent des techniques qu’ils ont connues. D’ailleurs, avant de te moquer, sache qu’il y a peu, j’ai vu un gamin dans une vidéo tentant d’insérer une cassette dans un walkman, sans comprendre la bonne méthode pour y parvenir. Là, ce sont les parents qui rigolent bien.

petite avec walkman
« C’est kewa c’truc wesh ? »

Sais-tu seulement comment nos grands-parents vivaient avant l’arrivée de toutes ces nouvelles technologies ? Avant internet, les ordinateurs, la télévision, le téléphone portable, les ascenseurs, les frigos… Sans salle de bain, sans carte bleue, ce qu’ils apprenaient à l’école, les métiers qu’ils exerçaient, la condition des femmes, leurs divertissements, comment ils gardaient contact, comment ils se déplaçaient, leurs ambitions, etc. Cinquante ans nous séparent peut-être et cela paraît bien peu, pourtant tant de choses ont changé, aussi bien sur le plan humain que technologique. J’ai eu envie de me pencher sur cette question. Je ne suis pas allée chercher bien loin. Il m’a suffit de m’entretenir avec mes mamies ! Voici le fruit de cette conversation intergénérationnelle:

Malou: mais dis-moi mamie, je me demandais, comment faisiez-vous avant l’invention du lave linge ?

Mamie: Oh si tu savais… Avant 1971 (en ce qui me concerne), le linge était lavé à la main dans la baignoire, avec une planche en bois, une brosse en chiendent, du savon de Marseille. Le linge blanc en coton (type serviette de toilette, drap, linge de corps) se faisait bouillir dans une lessiveuse que l’on mettait sur la cuisinière dans de l’eau savonneuse. Puis, on rinçait toujours dans la baignoire et l’on tordait le linge pour l’étendre et le sécher sur une corde car le sèche-linge n’existait pas non plus…
En ce qui concerne Tantine |la sœur de ma grand-mère, mon autre mamie| qui habitait un plus vieil immeuble, sans salle de bain ni WC, cela se passait dans la cuisine: il fallait utiliser un bac en zinc (une sorte de grande bassine), et la suite idem. Les WC étaient communs pour six appartements. Sache qu’en 1945, 7 personnes sur 10 ne bénéficiaient toujours pas de l’eau courante. Ils puisaient l’eau des  réservoirs mis à disposition dans les immeubles.

lessive

– Ah oui quand même. Et en ce qui concerne les protections hygiéniques, les couches pour enfants ?

– Et le papier toilette ? Cela aussi nous n’en avions pas avant les années 60… Nous utilisions du papier journal. Et oui ma petite-fille. Kleenex a proposé les mouchoirs en papier en France en 1960. Quant aux serviettes hygiéniques et couches pour bébé, en coton, réutilisables, qu’il fallait aussi faire bouillir après trempage. Parenthèse: sache que la pilule contraceptive ne fut légalisée en France qu’en 1968. Ce qui explique pourquoi les femmes avaient beaucoup plus d’enfants auparavant.

– Oui, les grossesses étaient beaucoup moins contrôlées. Pour les protections, cela semblait plus écologique mais beaucoup plus fastidieux !

– Tout prenait un temps fou à l’époque. Par exemple, les cheveux. Après le shampoing, il y avait la mise en plis, bigoudis et filet en attendant le séchage naturel. Plus tard Calor a inventé le casque électrique portatif avec pied, donc séchage plus rapide. De temps en temps visite chez la coiffeuse: coupe, mise en plis ou permanente. Maintenant tout le monde a un sèche-cheveux…

salons de coiffure années 50.jpg

– Et comment faisiez-vous pour téléphoner, vous donner rendez-vous, vous tenir au courant avant le téléphone portable, ou bien en cas d’accident sur la route par exemple pour appeler un dépanneur ?

– Avant les appareils mobiles, c’était toute une histoire ! En cas d’accident ou de panne sur la route, il n’y avait pas d’autre option que de marcher avec un jerricane jusqu’à la prochaine station ou bien qu’un automobiliste offre son aide en nous croisant. D’abord peu de particuliers avaient le téléphone chez eux. Si l’on voulait faire un appel indispensable bien-sûr on se rendait à la poste:  les PTT composaient le numéro demandé. Il fallait s’inscrire pour demander une ligne et attendre longtemps pour l’obtenir. Dans notre cas, nous l’avons obtenue vers 1964… Tantine se rendait chez un commerçant ou bien dans les cabines publiques téléphoniques puis a obtenu sa ligne à Conflans-Sainte-Honorine en 1972, la seule de sa résidence. Les messages urgents se transmettaient par le biais de pneumatiques, ensuite acheminés  par coursiers. On pouvait également envoyer des télégrammes mais les messages étaient lus par l’agent, ce qui pouvait parfois s’avérer gênant, comme dans le sketch d’Yves Montand et Simone Signoret. Tu le connais ?

dames du téléphonne

– Mmh… Non haha. Sacrée volonté en tout cas… Et concernant les courses, la conservation des aliments ?

– Avant l’arrivée du réfrigérateur dans les foyers (pour nous ce fut en 1959) et du micro-ondes (qui ne s’est pas vendu avant 1960), les gens achetaient des pains de glace en été pour garder les aliments fragiles au frais dans un placard ou à la cave et cuisinaient au charbon ou au gaz. De manière générale, les gens consommaient moins, achetaient ce dont ils avaient besoin uniquement, rien ne se perdait. Nous réparions plutôt que de remplacer. Si on ne savait pas faire, on apprenait ou bien on se rendait service entre voisins, connaissances. On soignait davantage son apparence, on s’habillait correctement même pour aller chercher le pain. D’ailleurs, savais-tu que de notre temps, la carte bleue n’existait pas non plus. Les achats s’effectuaient en espèces.

commerce années 50.jpg

– Tu préférais ce mode de vie ?

– Beaucoup d’inventions ont simplifié le quotidien de tous, offert plus de confort, de temps libre. Cependant, ce temps est employé différemment. Avant, les couples apprenaient et dansaient ensemble ; on écoutait la radio, se retrouvait autour de la télévision ou bien au cinéma dans lesquels étaient diffusés les actualités, un dessin animé, toutes les semaines en noir et blanc. Il y avait très peu de chaînes, en noir et blanc au début et la réception était mauvaise mais cela rassemblait quelque part. tv famille années 50On passait par ailleurs moins de temps face aux écrans, les gens étaient plus sveltes, mangeaient mieux. Il n’y a pas toujours eu les voitures, les ascenseurs, etc. Nous nous dépensions davantage. On ne connaissait pas encore les supermarchés. Nous mangions les légumes de saison, nous rendions chez les commerçants locaux, achetions des produits frais, naturels, etc. L’air était moins pollué, les rues plus calmes car il y avait moins de monde. Les gens fumaient néanmoins partout, au restaurant, au cinéma, en présence des enfants… Par ailleurs, les nouvelles technologies ont amené des soucis de santé. Je pense notamment aux ondes, aux pesticides, et toutes ces maladies qu’on ne connaissait pas avant. Parallèlement les conditions sanitaires elles-aussi ont progressé, les techniques médicales sont bien plus élaborées. Je pense aux équipements des spécialistes qui favorisent les examens et la détection des symptômes ou la prévention. Il y a des inventions qui par ailleurs fonctionnent moins bien, volontairement. Nos appareils électroménagers par exemple, étaient certainement moins beaux, plus lourds et volumineux, mais ils tenaient des décennies! Nos vêtements ne s’usaient pas aussi rapidement, sauf pour nos bas de soie! A nouveau, il y avait du bon et du moins bon, tout comme aujourd’hui. Le progrès arrive avec son lot de désagréments mais tout change constamment. On trouvera des solutions et de nouveaux problèmes, c’est ainsi que va la société. mamie camping

– L’image de la femme a cependant évolué pour le mieux quant à elle…

– Il est certain que la revalorisation de la « place » de la femme dans la société était nécessaire car dans les années 50, une jeune fille était mariable à partir de 15 ans, devait obéissance à son mari, était destinée à l’éducation des enfants, aux tâches ménagères et c’est tout grosso-modo. Les petites filles n’apprenaient pas les mêmes choses que les garçons à l’école. On leur enseignait la couture, la cuisine, etc. Je ne sais même pas ce qu’apprenaient les garçons! Sûrement à bricoler. L’école n’était obligatoire que pour les fillettes âgées de 6 à 13 ans. L’accès aux hautes études était réservé aux jeunes hommes. Rares étaient les femmes présentes sur les bancs des universités et autres postes à responsabilité tels que la politique, la recherche, etc. Elles entraient directement dans la vie active, occupant des postes administratifs ou du secteur tertiaire par exemple ou bien, devenaient femmes au foyer. De notre côté, nous avons toujours travaillé mais nos salaires étaient inférieurs à ceux des hommes. Nous n’avons pu voter qu’à partir du 21 avril 1944. Les mentalités ont tout de même bien évolué, dans le bon sens même s’il reste du chemin. Tu vois ce n’était pas mieux avant mais différent….les ménagères

Moralité, s’il en faut une: la prochaine fois que tu perds patience avec tes parents ou grands-parents parce qu’ils peinent à comprendre un outil technologique récent, rappelle-toi qu’eux maîtrisent des techniques dont tu n’as même pas idée, savent coudre, bricoler, réparer, cuisiner, fabriquer, etc. alors que toi, tu ne fais qu’acheter déjà tout prêt, confies les tâches ingrates aux machines sans chercher à comprendre leur fonctionnement et n’as rien inventé, juste payé pour. Ma grand-mère a plus de quatre-vingt ans, possède plusieurs ordinateurs, tablettes, outils connectés, sait passer un appel en visio, utilise Skype, etc. Effectivement, parfois certaines fonctionnalités lui échappent, à moi aussi d’ailleurs. J’ai beau être une millenial comme on dit, il y a beaucoup d’appareils de ma génération que je n’ai jamais vraiment su utiliser. Cependant, même pour ces gadgets ou fonctions qui paraissent simples, jamais je n’irai me moquer de mes grands-parents parce qu’il faut leur répéter plusieurs fois comment transférer une photo, partager un lien, télécharger une appli, etc. recette mémoire vintagealors que je n’ai jamais réussi à faire une lessive qui sentait aussi bon et était aussi douce que celle de ma mamie, cuisiné un plat de mémoire sans m’assurer d’abord sur internet des ingrédients, temps de cuisson, etc., repassé impeccablement, réparé une radio cassée, changé un pneu (bon en vrai je l’ai fait avec mon frère, mais j’avais ma mère au téléphone qui nous expliquait point par point comment faire, so…), compris comment un tube cathodique fonctionnait, cousu quoi que ce soit (tu verrais la gueule des habits que je répare, aïe aïe aïe), planté ou cultivé n’importe quel fuit ou légume (faux, j’ai eu un citronnier, pendant approximativement, deux jours. RIP lemontree), je ne connais même pas très bien les aliments de saison ! Faut pas oublier que nous maintenant, quand on ne sait pas, on dégaine le tel et on va sur Google, on regarde des tutos, on lit des avis sur les forums, on a la réponse en deux secondes. Nos grands-parents faisaient tout de mémoire ou se démerdaient pour aller chercher l’info. De ce fait, l’enregistraient pour de bon car la pénibilité de la tâche, additionnée au temps employé pour, faisait que le cerveau stockait immédiatement la donnée… On a beau dire, « les vieux perdent la mémoire », blablabla. mamie confitureJe trouve au contraire qu’ils en ont une excellente ! Pour preuve cette conversation avec mamie qui gère tout de même huit décennies de datas. Et toi, à peine trois et tu te mélanges les pinceaux ! Heureusement que tu as Instagram pour te rappeler ce que tu as fait la semaine dernière hein ? Alors sincèrement, ce sont eux que nous devrions admirer pour tout ce savoir emmagasiné en plus de ce qu’il faut qu’ils réapprennent aujourd’hui à un âge ou le cerveau est  moins disposé à le faire.

J’espère que cet article t’aura donné envie d’être plus indulgent et patient avec ton papy et ta mamie la prochaine fois que ce cas de figure se présentera et t’aura ouvert la curiosité sur la vie qu’ils menaient lorsqu’ils avaient l’âge que tu as actuellement.

Il s’agissait de l’avis et de la vie de MA mamie (joint à celui de ma grand-tante, interrogées ensemble). Chaque destin/passé est unique. Questionne tes grands-parents à ton tour et viens partager en commentaire ce que tu as découvert. Et n’oublies pas, le temps passe vite, ne repousse pas toujours à plus tard, conseil d’une petite-fille à qui un papy manque très fort.

mamie tipex
« Vualaaa, un p’tit coup de Tippex et on en parle pu… »

Envie d’un style rétro ?

 

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Fais-moi rire ! ou l’histoire d’un blog

J’avais prévu d’écrire sur la mémoire aujourd’hui. Mes petites notes étaient prêtes, je m’étais bien documentée, j’allais livrer un nouveau billet rédigé en pyjama car c’est souvent la nuit que me vient l’inspiration/l’envie. Et puis, au moment de commencer, j’ai aperçu dans l’onglet des notifications celle que j’avais reçue une semaine ou deux plus tôt. Celle m’informant que je venais de publier mon cinquantième article sur ce blog. J’ai eu envie de partager l’info mais je ne savais pas de quelle manière. Finalement, j’ai décidé qu’il était peut-être temps de revenir sur l’origine de Fais-moi Rire! Lire la suite de « Fais-moi rire ! ou l’histoire d’un blog »

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She’s a maaaaniac, maaaaniac, on the floooor.


Oui.

Ceux qui me fréquentent de près ou de loin le savent, je suis maniaque. Pas maniaque du rangement, car un peu de bazar ne me dérange pas. C’est à dire que je supporte les vêtements un peu froissés, les meubles encombrés d’objets divers, ce qui n’est pas classé, étiqueté, etc., je suis même (à mon sens) limite bordélique. Pas au point de tout laisser traîner, mais au point de ne pas tout trier ni agencer méthodiquement. En revanche… je ne supporte pas les microbes, la crasse et surtout, celle des autres.

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T’as eu peur hein?

L’autre soir, parcourant les stories Instagram, je découvrais que Silent Jill venait de poster une nouvelle vidéo sur sa page YouTube, intitulée « Une nuit dans le château de la dame blanche ». Ni une ni deux, je swipais et cliquais sur PLAY, plongée dans le noir, grisée à l’idée de très certainement avoir peur, avec cependant la douce assurance d’être en sécurité.

silent jill funny screen

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