Publié dans Billets

T’as eu peur hein?

L’autre soir, parcourant les stories Instagram, je découvrais que Silent Jill venait de poster une nouvelle vidéo sur sa page YouTube, intitulée « Une nuit dans le château de la dame blanche ». Ni une ni deux, je swipais et cliquais sur PLAY, plongée dans le noir, grisée à l’idée de très certainement avoir peur, avec cependant la douce assurance d’être en sécurité.

silent jill funny screen

Peur ? Pour qui, pour quoi ? Pour Jill que je regarderai déambuler seule à deux heures du matin dans ce sinistre décor de film d’horreur ? Pour quelle raison ? Si tant est qu’il s’y passe des évènements troublants, paranormaux, étranges, incompréhensibles, etc., la youtubeuse est saine et sauve puisqu’elle l’a publiée, son expérience.

Pour moi ? Que craindre de plus que quelques sueurs froides et une accélération de mes battements du cœur ? Alors pourquoi est-ce que lorsque j’observe cette téméraire exploratrice des ténèbres, mon esprit s’emballe, s’inquiète pour elle, se questionne sur sa motivation à vouloir s’infliger un tel supplice. Parce que pendant que moi je suis scotchée à mon écran, en pyjama, tout en me goinfrant d’Oréos, elle, est tout sauf tranquille! Jill est même terrorisée et c’est à mourir de rire lorsqu’elle pousse de grands cris et jure en toutes les langues. Oui, je te vois venir… Puisqu’il y a cette part de dérision, de mise en scène scary-comique, alors cela reste un divertissement et la peur n’est que partielle. Pour les téléspectateurs du programme, admettons. Pour Jill, sur le moment, elle n’est pas du tout dans le sketch et vit son exploration avec angoisse pour unique compagnie. Elle-même le confesse dés les premières minutes:

« Je vous le dis tout de suite, je suis en panique totale de faire ça toute seule ».

Dans le même style, le Grand JD, maître du genre, s’aventure à son tour en des lieux hantés, glauques, mais de manière très pragmatique. Il semble tellement serein qu’il ne transmet aucune crainte. Cela étant, l’ambiance, le silence, la façon dont c’est filmé, le lieu, la progression dans l’inconnu… Tout est là pour créer un  climat flippant  à souhait, et on en redemande. Pour quelle raison ?? Ne faut-il pas être un peu masochiste pour se faire subir cela

Qu’est-ce que la peur

 

peur

La peur est une émotion, au même titre que la joie, la tristesse, l’étonnement, etc. Elle est une réaction subjective face à une situation estimée dangereuse, un contexte menaçant. En gros, chacun réagit à sa façon face à tel ou tel évènement. C’est pour ça que tu en verras s’évanouir dans un grand-huit là où d’autres hurleront de plaisir. Passée l’expression de l’émotion, s’en suit un choix: fuir, subir ou combattre. J’aime beaucoup ce concept, très révélateur.

La peur, à l’instar de la douleur, est un mécanisme d’avertissement face à une menace imminente, apparenté à l’instinct de survie. Elle se manifeste par des tremblements, une accélération du rythme cardiaque, un teint apâli, l’écarquillement des yeux, une respiration perturbée, éventuellement le besoin de crier, une chair de poule, des sueurs. Dans les cas les plus extrêmes, certains se paralysent, perdent connaissance, voient des mèches de leurs cheveux virer au blanc, urinent ou se défèquent littéralement dessus, d’où l’expression. Tout un programme! Certes, mais pas grand chose d’attirant au demeurant. Personne n’a envie de se pisser dessus en transpirant comme un saucisson! Alors, à nouveau, il y a de quoi s’interroger… Qu’est-ce qui nous motive à vouloir ressentir de petites frayeurs ? J’y viens, patiente encore un peu.

Le menu de la peur

Ca film.jpg

Films d’horreur, séances de spiritisme, livres d’épouvante, attractions et activités sensationnelles, sports extrêmes, etc. Le menu pour se faire peur est large si bien que chacun peut en faire l’expérience à plus ou moins grande intensité. Du simple « BOUH! » crié par un enfant surgissant de nulle part, au saut dans le vide depuis un avion, en passant par la montagne russe et le bon vieux film de fantômes, l’éventail des options est suffisant pour que tous, petits comme grands sélectionnent le format désiré. Les enfants aussi ? Oh que oui, surtout les enfants ! Ils raffolent de sensations fortes. Ils se racontent des histoires terribles, s’effraient entre eux. Mes plus grandes peurs datent d’ailleurs de mon enfance: lorsque l’on appelait les esprits; lorsque l’on jouait à s’hypnotiser avec ma meilleure amie et que des monstres terrifiants apparaissaient sur nos visages; lorsqu’une fois ma copine du collège m’a enfermée dans son cagibi en me disant qu’il étant hanté; lorsque mon frère imitait la voix et les gestes précipités du pantin; lorsqu’avec une autre copine nous avons voulu visiter une maison abandonnée et avons entendu des coups contre une porte; et cette fameuse vidéo, qu’il fallait fixer un long moment jusqu’à ce que (no spoil), etc. Les adultes sont davantage spectateurs que créateurs de situations apeurantes. Ils vont lire des livres fantastiques, regarder des programmes anxiogènes, apprécier de moins en moins les attractions dans les parcs mais tout de même, il y aura toujours ce tonton blagueur pour te hurler à l’oreille dans le train fantôme.

Faire peur et se faire peur

Il semblerait donc que l’on soit enclin à vouloir effrayer quelqu’un, que l’on apprécie qui plus est, aussi bien qu’à subir soi-même ce pénible moment. Il y a cependant une nuance non négligeable. On aime se faire peur lorsque l’on sait que l’on ne craint en réalité rien. On s’invente des histoires, on regarde des fictions, on fait croire que. Le ressenti est tout autre lorsque l’on sait que notre vie est réellement en danger. Cela étant dit, il y aura toujours des personnalités borderline, qui se plaisent à véritablement jouer leur vie au travers d’une passion. Prenons les explorateurs, genre Mike Horn qui a failli y rester des tas de fois; ou bien Philippe Petit, le type qui a traversé les tours jumelles sur un câble à plus de 400 mètres de hauteur; David Poisson, skieur mort lors d’une descente; Houdini, enchaîné dans sa malle remplie d’eau; tous ces coureurs automobiles, etc. Que recherchent-ils au point de risquer leur vie ?

philippe petit
Philippe Petit – 1974 – Traversée World Trade Center

L’adrénaline

Yes. Là voilà la responsable.

Connue également sous le nom d’épinéphrine, cette molécule est sécrétée en cas de besoin d’énergie immédiat. Quand on a peur, le corps se met en mode préparation à la défense, au combat ou à la fuite. Des actions qui nécessitent un effort important. Comme elle est sympa, elle ne vient pas seule. En effet, elle est accompagnée par sa copine la dopamine (l’hormone de la récompense) et l‘endorphine (l’hormone du bien-être). Lorsque le corps sécrète ces neurotransmetteurs, le cœur bat plus vite, les poumons et le cerveau reçoivent d’avantage d’oxygène, on se sent plus fort et vivant. Voilà donc ce après quoi courent les « adrenaline junkies » comme on les appelle, ces accrocs.

Comportement à risque

Dés lors qu’on quitte l’expérience ponctuelle pour entrer dans un schéma de dépendance, oui, le comportement devient problématique car l’addict cherchera à augmenter ses doses, s’habituant progressivement aux précédentes, poussant toujours plus loin les limites. A nouveau, il n’est pas question ici de l’observateur passif, amateur des livres de Stephen King et de Luna Park, mais du sportif de l’extrême. J’ai en tête notamment une tendance qui avait fait grand bruit il y a quelque années, celle des grimpeurs intrépides plus connus sous le nom de « skywalkers ». Oui, comme Luke. La démarche de ceux-ci ? Atteindre les plus hauts sommets urbains (immeubles, monuments, antenne, etc.) et se prendre en selfie. Sauf que, souvenez-vous, le français Maxime Sirugue (« Siirvgve ») en était mort en tentant l’ascension du pont de la Mulatière à Lyon… Les Russes s’illustrent également dans cette pratique, sont pour la plupart tous âgés de moins de 25 ans et maîtrisent les réseaux sociaux aussi bien que l’équilibre. Cependant, jouer sa vie pour quelques likes et molécules ? A vous de voir.

skywalker Alexander Remnev.jpg

Se faire peur

Sans rentrer dans les conduites à risques, les adrénalo-pantouflards que nous sommes, préfèrent observer les autres repousser les limites, un bol de pop-corn à portée de main tout en recevant un petit shoot confortable de ce cocktail moléculaire. « C’est tout benef' », comme disait madame Delarue, ma prof de latin au collège. De là à savoir pourquoi nous craignons les fantômes, les clowns, pourquoi un cafard nous fait hurler (moi en tout cas), ou un saut à l’élastique… Certaines peurs sont communes, d’autres résultantes d’un conditionnement. Les réactions elles-mêmes sont variables. Tout cela est assez personnel mais l’industrie de la peur a encore de beaux jours devant elle. Il existe même un escape game dans une forêt avec de faux zombies (Zombieland). Et les gens payent pour ça hein ahah. Bref, chacun son truc. Moi, j’aime les parcs d’attractions, les manèges sensationnels, les vidéos d’explorations et le paranormal. En revanche, je suis une flippette des films d’horreur, des pantins, du vide, du dentiste, des examens, etc.

attraction sensations fortes

Un peu comme mon article sur les croyances, dis moi de quoi tu as peur, je te dirai qui tu es. Et vous, comment aimez-vous vous faire peur ?

Publicités

Un commentaire sur « T’as eu peur hein? »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s