Publié dans Billets

Excusez-moi, je cherche le sens de la vie s’il vous plaît ?

 

Cette semaine, je me suis passionnément lancée dans la lecture de la saga d’Elena Ferrante, l‘Amie Prodigieuse. Je n’arrive pas à lâcher ce roman, le tome 2 a déjà pris une claque et je passerai au troisième dés demain. C’est drôle de voir comme on s’immerge dans une lecture, comme une histoire que l’on a pas vraiment vécue nous captive. On la vit par procuration. Ainsi, lire serait vivre la vie d’autres. S’enrichit-on de ces vécus là ? Acquiert-on la sagesse de ces destins ? Et pourquoi lire est considérée comme une activité noble là où d’autres passe-temps sont perçus comme des pertes de ce même temps ? Pourquoi quelqu’un qui dira « j’ai lu toute la journée » sera regardé avec respect, là où un autre avouera « j’ai joué toute la journée à mon jeu vidéo », sera un peu méprisé.  Lire par exemple ne fait travailler que notre imagination, cependant, nous restons témoin et non acteur. En revanche, jouer nécessite un effort de réflexion, mobilise nos capacités logiques, stratégiques, techniques… Ainsi, sur quoi se base le barème de cette mystérieuse hiérarchie des activités ? Pourquoi certaines activités sont dites enrichissantes, productives quand d’autres semblent ne rien n’apporter ? Apporter quoi à qui et pourquoi de toutes façons ?

lire au soleil

Le sens de la vie

Reprenons du début: ce que l’on sait avec certitude c’est que les hommes naissent, vivent  un temps, puis meurent. Nous disposons donc d’une durée actuelle de vie d’environ 80 années. Il est plus ou moins possible de repousser cette échéance en adoptant un mode de vie sain et en évitant certains dangers. La question est: que sommes-nous sensés en faire ? Malheureusement, aucune notice n’accompagnait notre arrivée dans ce monde en apparence organisé. Les parents éduquent et préparent leur progéniture à vivre un jour seul, à prendre leurs propres décisions, et c’est là que ça part en cacahuète. Vers quoi s’orienter, sur quoi se baser ? Quel est l’objectif, le but et ce fichu sens de la vie ?

Le jeu de la vie

jeu de la vie

Prenons un jeu de société ou bien un jeu vidéo. L’objectif est clair: il y a un gagnant et en général, il s’agit de celui qui a vaincu le monstre final, sauvé la princesse, amassé le plus d’argent, fait le meilleur temps, est resté en vie le plus longtemps etc. Mais dans la vie, il n’y a pas de règles. Il n’y a pas de récompense puisque comme on l’a vu plus haut, on meurt quoi qu’il arrive, quelle que soit la façon dont on aura aménagé son quotidien. La mort est l’étape finale de la vie, personne ne peut lutter contre cette fatalité. En cela seulement nous sommes égaux. Certes, nous pouvons faire en sorte qu’elle dure le plus longtemps possible mais parfois cette lutte en devient absurde puisque l’on consacre sa vie à la prolonger de sorte que le quotidien s’articule autour de ce but. Ce serait comme si un génie offrait un vœu à un individu et que celui-ci souhaitait pouvoir faire un vœu. Tu vois un peu ? Bon, mais comment occuper cette vie au juste ? Partant du constat qu’on dispose tous d’une durée limitée, il paraît logique d’agrémenter celle-ci de plaisirs, de joie, de bonheur plutôt que d’effort, de peine, de maladie. Cependant le travail semble toujours être le comportement valorisé. On fustige les dilettantes, les feignants, les « branleurs ». Pourquoi ne félicite t-on que les bosseurs, les travailleurs alors que ceux-ci oublient de vivre en sacrifiant leur jeunesse, leur famille, leur temps en somme vers un but absurde. Celui de gagner de l’argent encore et toujours plus. Pour ? Améliorer son niveau de vie ? Mais quelle vie puisqu’à suivre ce chemin on en profite jamais vraiment… D’autre part, remplir sa vie de frustration, de discipline et de contrôle ou bien tenter de mourir le plus tard possible est un peu bête. Vivre moins longtemps mais sans jamais se priver de rien ou vivre 30 ans de plus, aigri ? J’ai néanmoins conscience que certains trouvent de la satisfaction dans le self-control, l’élaboration de règles, la planification, etc. Prenons le cas des militaires par exemple. Même lorsqu’il ne sont pas en service ou bien à la retraite, ils conservent leurs habitudes: se lever tôt, faire leur lit au carré, pratiquer une activité physique régulière, manger sainement, ne pas boire, etc. C’est quelque chose d’agréable de se lever en sachant ce que l’on doit faire, sans se poser de question parce que c’est ainsi et se coucher satisfait et fatigué.  Lorsque l’on a donné un sens à sa vie et que l’on s’y tient, tout devient beaucoup plus simple. Encore faut-il être en accord avec ce choix. Ce qui complique tout est le fait de remettre constamment ce dernier en question. Trouver un sens à chaque action, à son quotidien, se demander si telle activité est une perte de temps ou culpabiliser d’avoir fait ceci plutôt que cela…

allongée libre herbe

Je me rappelle de ces journées d’école, coincée en classe, le printemps arrivé et pourtant prisonnière de l’ombre, de l’ennui, de la somnolence, d’une prise d’otage éducative, d’un cours dont j’aurais tout oublié dans un mois et qui ne me servira à priori pas dans le futur, lorgnant rêveusement le gazon verdoyant au dehors n’appelant que moi. Je m’y imaginais, allongée  au soleil, la tête en appui sur mon sac à dos, fermant les yeux et profitant de l’air frais, du plaisir de me détendre, de vivre. Et oui, vivre. Pour moi « vivre » c’est fuir l’obligation. Voilà pourquoi j’ai beaucoup de mal avec les horaires imposés et que j’ai toujours quitté mes jobs car arrivait inexorablement ce moment où j’avais besoin de fuir, de retrouver ma liberté, le contrôle de ma time-bank. Bien sûr que c’est contre-productif et irresponsable. Et pourtant, je ne regrette pas. Aujourd’hui, je gère mon emploi du temps à ma guise, sans pression, sans réveil. C’est un luxe incroyable. A côté de cela, je gagne mal ma vie mais n’étant pas matérialiste, je n’en souffre pas. J’ai tout ce dont j’ai besoin à part un peu plus de voyages peut-être et évidemment cela  à un coût.

L’histoire du pêcheur mexicain et du banquier américain

Avant de poursuivre je voudrais partager avec vous une histoire, celle du pêcheur mexicain et du banquier américain:

pehcuer mexicain et banquier americain

 » Un investisseur américain se promène au bord de l’eau dans un petit village côtier mexicain. Un bateau rentre au port, contenant plusieurs thons. L’Américain complimente le pêcheur mexicain sur la qualité de ses poissons et lui demande combien de temps il lui a fallu pour les capturer.

– Pas très longtemps, répond le Mexicain.

– Mais alors, pourquoi n’êtes-vous pas resté en mer plus longtemps pour en attraper plus ?, demande le banquier.

Le Mexicain répond que ces quelques poissons suffiront à subvenir aux besoins de sa famille. L’Américain demande alors :

– Mais que faites-vous le reste du temps ?

– Je fais la grasse matinée, je pêche un peu, je joue avec mes enfants, je lis, je fais la sieste avec ma femme. Le soir je vais au village voir mes amis. Nous buvons du vin et jouons de la guitare. J’ai une vie bien remplie.

L’Américain l’interrompt:

J’ai une Maitrise en administration des affaires de l’université de Harvard et je peux vous aider. Vous devriez commencer par pêcher plus longtemps. Avec les bénéfices dégagés, vous pourriez acheter un plus gros bateau. Avec l’argent que vous rapporterait ce bateau, vous pourriez en acheter un deuxième et ainsi de suite jusqu’à ce que vous possédiez une flotte de chalutiers. Au lieu de vendre vos poissons à un intermédiaire, vous pourriez négocier directement avec l’usine, et même ouvrir votre propre usine. Vous pourriez alors quitter votre petit village pour Mexico City, Los Angeles, puis peut être New York, d’où vous dirigeriez toutes vos affaires.

Le Mexicain demande alors :

– Combien de temps cela prendrait-il ?

– 15 à 20 ans, répond le banquier.

– Et après ?

– Après, c’est là que ça devient intéressant, répond l’Américain en riant. Quand le moment sera venu, vous pourrez introduire votre société en bourse et vous gagnerez des millions.

– Des millions ? Mais après ?

– Après, vous pourrez prendre votre retraite, habiter dans un petit village côtier, faire la grasse matinée, jouer avec vos enfants, pêcher un peu, faire la sieste avec votre femme, et passer vos soirées à boire et à jouer de la guitare avec vos amis. »

Travail versus oisiveté

oisivetéCette histoire démontre bien que passer sa vie à trimer encore et toujours n’a aucun intérêt et que la vraie richesse se trouve à porter de main, pas dans l’accumulation des biens et de la fortune. Cela étant dit, il faut nuancer: il y a ceux qui travaillent pour vivre et ceux qui vivent pour travailler. En d’autres termes, certains travaillent sans envie mais parce qu’il le faut, pour se nourrir, se loger, s’habiller, se soigner, etc. D’autres le font par passion, ambition, occupation principale, s’immergeant totalement dans cette activité et cela devient leur vie et non une partie. Il s’agit souvent plus d’une envie que d’une nécessité. Ainsi le banquier de l’histoire n’a pas forcément besoin de ce dont il fait mention, mais il est porté par le challenge, l’envie de performer, de se dépasser, d’impressionner, d’être le meilleur dans son domaine, se sentir valorisé socialement, etc. Le pêcheur lui, humble et désintéressé, choisit la voie des plaisirs primaires. On ne peut pas dire qui a raison et qui a tort, qui est plus heureux que l’autre. On serait tenté de dire le mexicain selon la narration mais chacun y trouve son compte et ne se serait satisfait de la vie de l’autre. Cela dépend des gens et des moments.

Le timing des ambitions

Certains choisissent de consacrer leur vie à leur passion, leur art, leur invention ; d’autres à défendre des valeurs, un combat, une idée, une cause ; beaucoup s’occupent des autres, famille, amis, handicapés, personnes âgées, orphelins ; quelques-uns préfèrent l’isolement, vivre loin des gens et du stress. Là encore, le choix du lieu de vie diffère d’un individu à l’autre. Que ce soit à la mer, la montagne, la campagne, la province, les grandes villes. C’est une affaire de goût mais encore de chronologie. Souvent, on grandit dans une petite ville puis on rêve de partir là où ça bouge, une capitale, un autre pays, là où les opportunités sont nombreuses, les expériences, les rencontres, etc. Et puis, vieillissant, on aspire à autre chose, une vie paisible, de quartier, un retour au calme, au vert, avoir un bout de jardin. Les désirs sont changeants. L’humain est ambivalent.

On veut tout

etre plus tard

Le plus compliqué est d’ailleurs cela, lutter contre soi-même, la volatilité de ses envies, se fixer un objectif et s’y tenir. Cela commence très jeune, enfant, lorsque les adultes nous demandent ce qu’on l’on souhaite devenir plus tard. Quelle énorme pression ! La question peut sembler bateau et anodine, pourtant elle nous conditionne tout de suite. En gros, il faut choisir et ce choix nous définira, nous et notre vie. Alors bien entendu ce que l’on répond à ce moment n’est pas nécessairement ce qui nous attend. En effet, il y a les attentes et la réalité. (Expectations versus reality comme on dit aux States, meme très populaire au passage.) A nouveau, il y a les envies du moment et celles plus tard. Ce serait tellement plus facile de savoir à 100% ce pour quoi nous sommes faits. Pas de prise de tête, une ligne droite devant nous, un enchaînement de décisions simples en tentant seulement d’éviter les ennuis. Un peu comme des animaux qui ne se posent pas de questions existentielles et vivent tout simplement en suivant le schéma suivant: grandir, se nourrir par soi-même, se reproduire et voilà. Malheureusement (ou heureusement, car même si ce schéma est plus facile, il est également plus déprimant puisque ne laissant aucune place à la surprise), l’humain a envie de plus. Il lui faut du plaisir, des rêves, de l’amour, des projets, un idéal, de la gratification, de la distraction et avoir la plus grosse aussi. Bon pardonne-moi l’image mais c’est un raccourci pour illustrer que l’homme a ce besoin constant de se comparer aux autres, de vouloir faire mieux: être le meilleur, le plus beau, la plus belle, le/la plus intelligent(e), le/la plus riche, le plus doué, talentueux, avoir les plus beaux enfants, etc. Cette exigence n’est pas forcément mauvaise car elle a mené aux progrès, à une productivité qui ont permis la conception d’objets fabuleux et techniques fort pratiques qui nous facilitent la vie, nous permettant de nous consacrer à l’essentiel: avoir du temps libre pour profiter de la vie. Mais…

Comment profiter de la viefaire des choix de vie

Comme l’histoire du pêcheur et du banquier, il semblerait que profiter de la vie se résume pour la majorité des personnes à prendre du bon temps, c’est à dire, se reposer, se distraire, bien manger, voir ses amis, sa famille, s’amuser, faire du sport, voyager, etc. Et pourtant… Une vie remplie d’oisiveté ne semble pas combler les gens qui ont la « chance » de vivre ainsi. Prenons les riches, vraiment très riches, dont le train de vie ressemble à une brochure de vacances. Massages, gastronomie, yachts, jets, tropiques, suites de luxe vue sur mer, toujours le meilleur et surtout, pas de travail. Rentiers, héritiers, compagnon/compagne de gens fortunés, etc. Ces gens-là te semblent-ils si heureux ? J’ai l’image de gens ravagés par la chirurgie, alcoolisés en permanence ou bien drogués, superficiels. Pourquoi ne pas se complaire d’un tel prestige, luxe, confort ? Je pense que l’ennui est le responsable. En effet, quelle est leur quête à ces gens ? Ils ont déjà tout. Qu’est-ce qui anime leur quotidien ? Aller dans le meilleur restaurant, avoir la plus jolie robe, etc. ? Ce sont des quêtes éphémères et dont on ne tire aucune satisfaction sur le long terme. Voilà pourquoi les ultra-riches se tournent ensuite vers les galas de charité, les fondations, les projets humanitaires. Ils ont besoin de sentir qu’ils ont un but, une utilité, une valeur sociale supérieure à un compte en banque bien garni. Bien entendu je généralise mais dans les grandes lignes, c’est ça.

Pauvreté versus richesse

SDF

Alors est-ce mieux d’être pauvre ? Au moins, la quête devient évidente: subvenir à ses besoins. Ensuite, trouver le métier qui nous plaît. Mais là encore c’est un luxe. Il existe des régions où le choix est limité. Les habitants de bidonvilles travaillant dans les décharges, se ruinant la santé en quête de quelques pièces pour faire vivre leur famille. Ceux-là ont sûrement moins d’états d’âmes. Leur quotidien s’articulant autour de cette nécessité de récolter un peu d’argent pour au moins manger. Ils sont loiiiin du souhait d’avoir le meilleur ceci-cela. Ce type de vie, dans la pauvreté ne semble pas plus attrayant que celui d’être riche au final. Cette lutte perpétuelle, cette tentative de survie. C’est un mécanisme vicieux dont les humains semblent tous équipés: cet instinct de survie qui pousse l’homme à se battre, à rebondir quand la vie lui en fait voir de toutes les couleurs. Chagrins d’amour, perte d’un proche, agressions, maladies, etc. Regarde le SDF que tu croises tous les matins à l’entrée du métro. C’est quoi sa vie à lui ? A court terme, il cherche à se nourrir, à dormir au chaud, mais s’offre t-il le luxe d’aspirer à plus ? Le rêve est je suppose tout ce qui lui reste, néanmoins cela semble suffisant pour le maintenir en vie car honnêtement, quel plaisir  tirer de la souffrance quotidienne dû à un manque d’hygiène, d’attention, une faim constante, le froid, etc. Il faut être sacrément combattif et optimiste pour ne pas abandonner et juste se laisser mourir. A quoi rêve t-il ? Certainement d’avoir un toit, une douche chaude chaque matin, de la considération et un emploi stable. Pour lui  ça doit être ça le rêve. Sauf que… passé un certain temps, il s’habituera, et commencera à ressentir une forme d’ennui et aura besoin de plus! On s’habitue à tout et nos aspirations sont sans cesse revalorisées. Nous ne sommes jamais contents ni satisfaits. Encore une fois je généralise mais je me base sur 30 ans d’observation, de constat. J’ai même remarqué qu’une fois qu’on obtient ce que l’on voulait et qu’on s’aperçoit ne pas en tirer la satisfaction attendue, alors, on se créé des problèmes, des maladies, pour justifier ce sentiment. Et les maladies psychosomatiques naquirent !

Les problèmes

les problemes julien tanti

En effet, il semblerait que l’humain ait ce besoin constant de (créer) résoudre des problèmes. Sans problème, il se retrouve vide de sens et finit par se dévorer de l’intérieur. Cela mène aux dépressions dont 300 millions de personnes sont atteintes tout de même. Imagine la salle d’attente d’un médecin qui demeurerait vide. Quelle serait alors sa fonction ? Son utilité ? Aucune. L’homme qui sait soigner mais n’a personne à soigner n’a plus de raison d’être. Voilà pourquoi le drama est nécessaire à chacun, pourquoi il faut avoir expérimenté le pire pour apprécier le meilleur, voilà pourquoi deux concepts s’opposent constamment tels que le bien, le mal. Le sens serait peut-être de trouver l’équilibre entre ces notions  afin d’en apprécier l’ambivalence de la vie. La preuve simple de cette appétence pour les problèmes tient en un mot: sitcom. Imagine un programme qui proposerait une histoire vide de conflits, de tensions, de plan machiavélique, de tromperie, de jalousie, de peur, de peine, de passion, de folie. Olala, l’ennui mortel, zap. Plus largement, le cinéma, la littérature. Il nous faut une intrigue, un drame, un élément perturbateur, sinon on s’ennuierait et la vie se résumerait à « qu’est-ce qu’on mange ce soir ? ».

La paix intérieure

Ainsi tout avoir n’est pas idéal, ne rien avoir non plus. Le mieux est le juste milieu, et c’est valable pour tout. Arrive un moment où l’on comprend cela, (enfin pas tous mais bon…) où l’on réalise que la vie ce n’est ni les objets, ni le statut, ni la beauté, ni rien de matériel et éphémère. Il s’agit de trouver une forme de paix, de sérénité, de sagesse et d’équilibre. Cela permet de ne plus se battre contre soi-même et d’accepter tout simplement, de lâcher prise. De réaliser qu’on ne contrôle pas grand chose et que ce n’est pas grave. Certains font de leur vie une perpétuelle méditation, introspection. Ils recherchent une harmonie entre leur corps, leur esprit et la nature dans sa globalité, luttant contre une pensée individualiste et s’incluant dans un ensemble mouvant. Je me suis toujours demandée si les moines ou les bouddhistes faisaient semblant d’être heureux. Parce qu’entre nous, leur quotidien semble plutôt chiant. Ils n’ont pas l’air de se taper des barres tous les jours tout de même. A ce stade, si l’on me disait tu peux devenir richissime ou vivre recluse dans un monastère et méditer tous les jours, et bien malgré tout ce que je viens de dire, je crois bien que je choisirais l’option A.

champ-de-bouddhistes.jpg

Il est certain qu’apprendre à se concentrer sur ses sensations, à prendre conscience de ce qui va et fonctionne dans sa vie est bien plus utile et apaisant que l’inverse. Cela étant dit, on ne peut pas passer ses jours à faire un scan global de son corps et mental. Il faut bien en faire quelque chose. De même, une fois que l’on s’est lavé, que l’on sait quoi manger et où dormir le soir, que l’on n’est pas malade et que l’on aime quelqu’un et inversement, on fait quoi de sa journée ? On travaille ou l’on s’adonne à sa passion ou bien les deux. Dans l’idéal son travail est sa passion. D’ailleurs, j’ai parlé d’amour parce que c’est important pour moi, mais certains ne souffrent pas de n’aimer personne et que personne ne les aiment en retour, amoureusement j’entends. A chacun ses priorités. Pour la plupart cela va être de fonder une famille mais à nouveau, ce n’est pas le souhait de tous.

Le vertige du choix

Encore aujourd’hui je ressens un grand malaise lorsque l’on me demande ce que je veux. Je n’en sais rien. Il faudrait avoir vécu mille vies pour le savoir, avoir tout expérimenté pour élire le pattern qui nous a le plus satisfait. Ce que je veux ? Tout à la fois. J’aime un millier de choses, j’aurais pu m’épanouir dans beaucoup de métiers mais choisir, c’est bien cela qui m’a bloquée. S’engager dans une voie c’est renoncer aux autres. Un peu comme au restaurant quand tu analyses le menu. Beaucoup de plats te font envie, choisir s’avère compliqué. Bien sûr tu vas très certainement te régaler quoi qu’il arrive mais tu regretteras ne pas avoir pu goûter à cet autre plat. Pourquoi ne pas commander les deux (si tant est que seulement deux plats nous fassent envie) ? Parce que l’on piocherait un peu dans chaque sans les finir et les apprécier entièrement avec une sensation de satiété désagréable là où un seul plat aurait été terminé et apprécié à 100%. Il faut choisir entre une chose, bien accomplie ou plusieurs survolées. Cela à un nom: Fomo ou Fobo.

menu choix

Fomo ou Fobo ?

On doit ce concept à Patrick Mc Ginnis lorsqu’il étudiait à Harvard. Fomo ( fear of missing out ), c’est concrètement la peur de renoncer à une expérience et de ce fait, de choisir tout le menu plutôt qu’un plat. La Fobo ( fear of a better option ), c’est l’autre. Le fait de tout le temps se demander si l’on va prendre la meilleure décision et par conséquent, se sentir paralysé à l’idée d’en prendre une. En gros, soit on fait tout, soit on ne fait rien. L’attitude Fomo semble ici meilleure que la Fobo mais tout de même moins bonne que de concentrer son choix sur une option et de s’y tenir. Et c’est là que l’on piétine. Qu’est-ce que l’on veut bon sang ? Pour le savoir, il faudrait connaître ce foutu sens de la vie. Si l’on savait pourquoi nous sommes sur Terre, quelle est notre mission… En avons-nous une d’ailleurs ou sommes-nous simplement sensé survivre et procréer ? Sinon pourquoi nous foutre toutes ces émotions et ces capteurs de plaisir dans le corps…

Accepter l’échéance de la vie

L’humain, la nature, la Terre, l’Univers, l’infiniment grand et l’infiniment petit… Tout semble tellement imbriqué et complexe que simplement se résoudre à penser qu’il s’agit d’un hasard, que nous ne sommes que des organismes vivants destinés à redevenir poussière m’évoque un énorme gâchis. Toutes ces émotions, ces sensations, l’art, la musique, les histoires, les destins, la poésie qui ressort de cet ensemble aussi précis, régit par les lois de la physique, et fragiles, éphémères… Cela semble tout droit sorti de l’imagination d’un inventeur, d’un artiste, d’un programmeur qui a imaginé un jeu fantastique où chaque joueur joue sa partie sur le grand plateau terrestre. Seul hic, il n’a pas fourni les règles dans la boîte. Je l’imagine observant les joueurs, intrigué, corrigeant certains défauts du programme lorsque ceux-ci répètent les mêmes erreurs et menacent de s’autodétruire, puis parfois les laissant aller à leur folie meurtrière. Je ne crois pas en un Dieu à proprement parler et pourtant je m’aperçois que c’est un peu ce que je décris là. Mais je n’imagine pas de vie après la mort parce que… au secours ! On est déjà perdu dans cette vie alors une vie éternelle ensuite ? Non merci. La beauté et la magie de celle que nous vivons actuellement tient principalement dans le fait qu’elle a une échéance. On ne se mettrait pas la pression si l’on savait que nous étions éternels. On évaluerait les choses et les évènements différemment.

architecte de la vie

Les vieux sages

On dit souvent qu’avec l’âge vient la sagesse. Lorsque l’on compare le tempérament fougueux d’un jeune et l’attitude sereine d’une personne âgée, il est évident qu’il y a un monde entre les deux, une vie plus exactement. Nos doyens ont bien entendu traversé les années, acquis maturité, expérience et bien évidemment, pris du recul et appris à relativiser. Malgré tout, ont-ils compris le sens de la vie ou se sont-ils simplement résignés à l’idée que cela n’avait pas tellement d’importance tant la vie est parfois injuste et imprévisible. On est seul maître de ses choix, de ses réactions et des conséquences prévisibles. J’aime à penser que la vie est comme un livre, une quête où la fin délivre la morale de l’histoire et qu’alors, on comprend tout. Mais, si tel était le cas, nos grands-parents sauraient la vérité, l’essence de la vie, son sens et nous guideraient. Pourtant, ce n’est pas ce qu’ils font. Ils semblent jouer le rôle de personnes que cela n’intéresse pas, évoluant comme des personnages centrés sur leur vie de famille, de quartier, tourmentés par leur soucis de santé, énumérant calmement le noms des gens qui sont partis et attendant sagement leur tour, devant leur petit écran et leur maigre repas du soir, gâtant au hasard des dates clefs du calendrier, leurs petits-enfants et semblant s’extasier sur un coup de fil occasionnel. Quelque chose m’échappe, nous échappe je pense tous. Cette grande mascarade. Chacun tenant son rôle. Attendant l’acte final. Ok, alors quitte à jouer la comédie, jouons comme il faut, de toutes nos tripes avant que le rideau ne tombe.

dessin rideau theatre Unique

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Un commentaire sur « Excusez-moi, je cherche le sens de la vie s’il vous plaît ? »

  1. Quel article ! Très long et dense, mais ultra intéressant…
    Je ne suis pas aussi doué que toi en écriture, et je ne vais pas faire un contre article ; mais pour répondre à la question, je dirais qu’il est impossible de trouver UN sens à la vie, mais que nos envies varient. Nous sommes formatés pour être des Homo economicus dans nos sociétés, pour contribuer à apporter notre écot au bon fonctionnement des services et entreprises, car c’est ce qu’on nous apprend depuis petit (le fameux » tu veux faire quoi plus tard? »)
    Après on commence à tendre vers une importance de l’épanouissement personnel plus important, mais cela prendra du temps pour arriver à se demander ce dont on a envie plutôt que ce dont on a besoin… Et je parle bien entendu pour les gens ayant un certain niveau de vie. Pour ceux qui n’ont pas le choix, ils sont broyés par un système qui leur impose des envies sans leur offrir d’alternatives, tenant ces personnes sous la pression d’un emploi pour avoir un revenu pour subvenir à des besoins vitaux.

    Sur le personnel, les aspirations sont propres à chacun; il y a cependant des marqueurs et valeurs fortes qui, lorsqu’on ne les remplit pas, font passer pour une personne marginale (couple, enfants, permis/voiture, logement); après tout dépend de ce que chacun ressent dans son caractère, mais aussi sur le moment, les moyens…

    De façon globale, nous sommes le fruit d’une éducation et d’une culture sacralisant certaines choses et valeurs et qui définissent des besoins naturels, qui sont différents selon les endroits et les cultures ; mais d’un point de vue Macro sociologique, je dirais que nous sommes créés et formatés pour être utile à une communauté, en faisant passer au second plan les aspirations individuelles profondes, qui se transforment en ambitions pour plaire à la masse

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