Publié dans Episodes

Comme une vague

T’es-tu déjà senti submergé par cette vague irrépressible, chargée de peine, de colère, d’incompréhension, de déception, d’injustice, déferlant sur toi comme une fatalité ? Cette même vague, néé plus tôt dans les eaux sages d’un océan familier, que des vents insignifiants en apparence ont peu à peu transformé en une puissance autonome, grandissante, inébranlable dont la déterminée progression s’achèvera en une lame majestueuse et destructrice, de tout son poids, invincible, ne laissant qu’un corps inerte, hébété, plus étourdi que souffrant, plus perdu que luttant, plus secoué que terrassé. Lentement, trempé et traumatisé, le survivant se relèvera de cette violente claque l’ayant atteint jusqu’aux os. Il grelotte maintenant, il a honte car ses vêtements lui collent au corps ; on y voit tout: sa corpulence, le cagneux des genoux, sa chair de poule, le laisser-aller, la fragilité de sa structure,  sa silhouette de mammifère, un animal comme un autre.

Il s’est fait avoir, on s’est joué de lui. Trahi. Voilà ce qu’il est: trahi. Il n’a rien vu venir, se promenant sur sa plage de sable fin, s’émerveillant du spectacle de la vie. Parfois il se penchait pour ramasser un coquillage singulier. Il en ferait plus tard quelque chose, un pendentif, un vide-poche. Puis ses yeux se perdait dans l’immensité de l’horizon. Parfois on y surprenait un bateau. D’où venait-il ? Où allait-il ? Combien d’histoires transportait-il à son bord ? Et sur ce parterre soyeux à ses pieds, combien de pas, de chemins, de couples, de rêves, de projets, de promenades solitaires menant à des décisions, des renouveaux ont-ils vu le jour ? Il n’y a que les enfants qui courent sur la plage et les chiens. Les autres marchent, contemplent, rêvent, patients, résolus, fatalistes, hédonistes.

Le vent se lève, on ne s’en méfie pas car on est au bord de la mer. Et tout à coup, on se fait saisir alors que l’esprit errait dans un univers parallèle de pensées. Le corps alerte sur un chemin qu’il pensait appréhendé sensoriellement et dont le cerveau pouvait l’y laisser seul aux commandes. Soudain cette vague, glacée comme un poignard, suffisamment pour rapatrier instantanément le mental à son enveloppe corporelle. Une gifle, sévère, autoritaire. Elle vous couche et vous inonde l’œsophage jusqu’à l’étouffer et craindre un instant pour sa vie avant de laisser le mécanisme naturel de défense reprendre le dessus et se charger de tout. Pour la dignité, le corps n’a rien pu faire, il faudra voir avec le cerveau. Comment celui-là n’a t-il pu anticiper ce danger ? La vague, la trahison ?

Et alors quoi, on ne s’est pas méfié parce que ? Parce que c’est la famille tout de même. Parce que ce sont les amis. On les connaît, on a confiance. Ils ne nous feraient pas ça. Et bien, si. Ils le font. Cela arrive. De ce fait on demeure seul dans cet été de stupéfaction, de cœur brisé, amer, choqué. Eh, t’es pas le seul sur qui ça tombe. Allez, relève-toi. T’abaisse pas à paraître blessé, ce serait leur faire plaisir paraît-il. Dis rien. A quoi bon ? Ceux qui sont capables de trahir s’incommodent peu de morale. Rentre chez toi, pleure, sèche tes vêtements, tes larmes, ton corps et ton cœur. Remets-toi et nage la prochaine fois.

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