Pourriculum Vitae ou la grande farce de la recherche d’emploi

Quand va t-on en finir avec ce sketch que constitue la recherche d’emploi ? Attention, pas le recherche en elle-même, mais toute cette mascarade qui se joue entre le demandeur et l’offrant ? Du curriculum vitae à l’entretien d’embauche en passant par la lettre de motivation, on assiste à une farce pathétique où les jeux d’acteurs campant les différents rôles feraient bailler d’ennui le tout Broadway. Rien ne va, rien n’est crédible, rien n’a de sens et pourtant TOUT LE MONDE continue de jouer cette sempiternelle comédie!

JURY

Le curriculum vitae

Alors déjà, premier constat… La dénomination se fait en latin… EN LATIN. Ah ça ne choque personne ? Bah allez ok, on va tout faire en latin alors! La lettrus de motivatum aussi et l’entretianus ! Pardon mais qui parle le latin aujourd’hui à part le pape ? On a déjà du mal à manier correctement les langues vivantes alors laissons les langues mortes au cimetière, merci bien. Si ce n’est pas juste pour que ça sonne smart, je me demande vraiment à quoi ça sert.

LATIN

Second constat: qu’est-ce qu’on peut perdre de temps à l’éditer… Trouver un logiciel adapté, un thème original sans trop en faire, réussir à tout condenser en une page et que cela reste lisible, aéré, ne pas se tromper dans les dates (franchement, comme si on se rappelait du mois d’embauche de son stage d’il y a 5 ans), détailler son expérience professionnelle, son cursus scolaire, les langues parlées. Du grand blabla, du grand remplissage de cases et un grand gaspillage de temps, d’encre et de papier pour finalement s’inventer une vie qui finira à la poubelle car le recruteur ne lira qu’en diagonale, voire pas. Il s’en fout de savoir si vous avez des notions d’italien, vous allez juste servir le café de toute façon ; il s’en moque de ton bac ES que tu n’as même pas obtenu d’ailleurs, tu vas simplement encaisser des hamburgers ; ça l’intéresse pas que tu aies fait du bénévolat puisque ton rôle sera d’ouvrir des comptes et vendre des produits bancaires par téléphone ; ça lui est égal que tu aies ton BAFA puisque tu ne seras pas amené à divertir des enfants en vendant des voitures à leurs parents. On s’en fout des trois quarts de ce qui est écrit sur le CV. Les employeurs regardent le nom, la photo, la date de naissance et les disponibilités.

papier

La lettre de motivation

Même connerie, elle ne sera pas lue. On te la demande simplement pour te faire chier voir si tu es assez motivé pour t’enquiquiner à la rédiger sans te tromper de nom ni de date car pareil, on sait que tu les fais à la chaîne… Ne mens pas, on l’a tous fait. On la demande manuscrite pour éviter que tu en imprimes une centaine et/ou pour vérifier que tu n’as pas une écriture d’enfant de six ans. Souvent tu dois donc raconter pourquoi tu souhaites postuler pour cette enseigne ou ce poste en particulier, expliquer en quoi ta place y serait légitime, dégouliner de syntaxe pompeuse et de formulations désuètes. Encore un gros ramassis de mensonges bien évidemment car voici à quoi une lettre de motivation honnête devrait ressembler:

Mon Nom

mon@dresse.mail

Lettre écrite en même temps que toutes les autres et distribuées en masse

Candidature pour le poste disponible trouvé à l’arrache dans une annonce facebook

  Yo,

  J’écris cette lettre car je n’ai pas le choix. Je recherche du travail parce que j’ai besoin d’oseille. TMTC. Je sais pas faire grand chose et je veux surtout un job qui paye bien et qui me permette de me la couler douce. Je connaissais pas cette boîte avant aujourd’hui, mais tant que j’ai mes week-ends, que je finis tôt et qu’il y a une machine à café et du papier aux toilettes, alors je suis in.

 Je n’avais aucune prédisposition à choisir ce métier, je l’ai fait parce que je ne savais pas quelle filière prendre au lycée. Maintenant, autant que ça serve. Je ne suis pas le meilleur mais je travaillerai juste assez correctement pour ne pas me faire virer. Je serai parfois en retard et pas très productif. Je casserai du sucre sur le dos des collègues. La plupart du temps je regarderai des vidéos marrantes de chats sur mon smartphone que j’aurais tout le temps sous les yeux d’ailleurs et parfois j’irai gratter un jour de congé en prétextant être malade.

 Bonne journée et steuplaît, me réponds pas avec un message automatique qui me dira que malgré la qualité de mon profil tu ne vas pas donner suite. Si tu le pensais vraiment, tu donnerais suite. 

Signé: moi.

L’entretien d’embauche

Alors là, on atteint les sommets de l’hypocrisie. Actor Studio bonjour! Asseyez-vous.

En un, la tenue.

suits

La dernière fois que tu t’es fait beau comme ça c’était pour le mariage de ta cousine. Y’a que dans Suits qu’ils s’habillent comme des mannequins tous les jours. Si tu es embauché, trois semaines plus tard tu viendras au bureau pas coiffé, avec le même t-shirt que la veille, des chaussettes dépareillées et du caca au coin des yeux.

En deux, l’attitude.

SOURIREQui crois-tu berner avec tes sourires angéliques, ta posture droite comme un i et tes formulations issues d’une dictée de Bernard Pivot ? Pareil, le job en poche, je te donne une semaine avant de t’affaler sur ton bureau, apostropher familièrement tes collègues et tirer la tronche le matin.

En trois, le discours.

Là c’est le pompon. On va te demander pourquoi tu voudrais travailler pour cette boîte en particulier. C’est parti pour le storytelling:

Ce que tu voudrais dire:

« Ah nan mais celle là ou une autre je m’en fous, du moment que je suis payé, que c’est proche de chez moi et que vous êtes pas trop sur mon dos ».

Ce que tu dois dire:

« Je me rappellerai toujours, quand j’étais enfant, mon Papy m’emmenait manger des marrons chauds en fin d’après-midi. On s’asseyait sur un banc, puis on observait la sortie des bureaux. J’étais en admiration devant ces employés si bien habillés semblant tellement occupés et fiers du travail accompli. J’admirais ce bâtiment grandiose et je me suis juré qu’un jour j’en ferai partie moi aussi. C’est ce souvenir qui m’a aidé à trouver ma vocation et ce pour quoi je suis là aujourd’hui. Travailler pour vous est plus qu’une ambition, c’est un rêve. »

storytelling


Ensuite, viendra la question suivante:  « Citez-moi trois de vos qualités et trois de vos défauts »

Ce que tu voudrais dire:

« Je suis marrant, célibataire et j’ai un chat. Pour mes défauts oulala, je ne dois en citer que trois ? Ok bin, pas du tout ponctuel, assez feignant et je ne supporte pas l’autorité. »

Ce que tu dois dire:

« Je suis perfectionniste, ponctuel et à l’écoute. Mes défauts ? Mh, bonne question. »

Entretien 2


Puis on va t’interroger sur tes prétentions salariales.

Ce que tu voudrais dire:

« Bah, autant qu’il est possible de toucher! Pas de plafond baby!! »

Ce que tu dois dire:

« Très honnêtement, je vise cette position avant tout pour ce qu’elle m’apportera humainement. Cela étant dit, il faut bien payer les factures alors je vous laisse seul juge en vous basant sur mon cursus et mon expérience actuelle ».

embauche fake


Bref, s’il vous plaît, arrêtons cette comédie, employeurs comme demandeurs d’emploi. Postuler quelque part est déjà la preuve que l’on souhaite y travailler. Pourquoi ? Parce que cette boîte comme beaucoup d’autres répond a des critères qui nous sont personnels mais qu‘avant tout on a besoin d’argent pour vivre. Bien évidemment que dans un monde bisounours où tout le monde s’est réveillé un matin à 8 ans avec une vocation, les capacités pour poursuivre la filière de son choix et parfois les moyens financiers (car n’oublions pas que certaines écoles ou formations sont payantes), une vie suffisamment stable pour en venir à bout, sortir diplômé, certifié et finalement être embauché dans l’entreprise de ses rêves au poste de ses rêves, ce serait fantastique. Mais dans notre monde, on ne sait pas toujours ce que l’on souhaite faire, on a pas toujours les compétences pour exercer le métier qui nous fait envie au moment voulu, ni les moyens pratiques (permis, voiture, équipement, etc.), les places sont chères, on ne fait pas systématiquement partie de ceux qui sont retenus pour le poste que l’on glanait. Alors quoi, on se lamente à vie ? Et bien non, on rebondit, on trouve autre chose et même si ce n’est pas toujours le job idéal, il faut bien travailler en attendant de trouver sa voie et de voir les portes s’ouvrir enfin après avoir persévéré. Mais quelle est cette ridicule scénette qui se joue lorsqu’un BAC+4 s’en vient à postuler en tant qu’équipier chez Mac Donalds. Bien sûr que non ce n’était pas son premier choix, bien sûr que non il ne souhaite pas occuper ce poste le plus longtemps possible. Arrêtons un peu tout ce cinéma. C’est gênant.

equipier mcdo

Ma solution

Laissez-nous postuler comme bon nous semble, nous présenter tel que nous sommes vraiment en donnant des informations réelles et pertinentes. Pas de CV, pas de lettre de motivation. Si l’on vise vraiment une position dans une boîte précise, laissez-nous vous le prouver de la manière de notre choix en accord avec l’univers de la société. Si c’est un job alimentaire vers lequel on s’oriente, ne nous posez pas de questions protocolaires, stupides et embarrassantes d’hypocrisie. Faites-nous passer des tests subtils ou non, observez l’énergie ou l’enthousiasme que l’on dégage, notre prestance, politesse, sympathie, écoute, attention, réactivité, etc. Tout ce qui est réellement pertinent et non ce brassage d’air, ce jeu pourri d’acteurs de seconde zone et ce gaspillage de papier incommensurable.

#DonneMoiUnJobPasUnOscar

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