Carninvictus Fest: le marché noir d’un nouveau monde vegan

A l’ère d’un nouveau monde vegan où l’exploitation animale est dorénavant prohibée, où tous les abattoirs et élevages ont fermé, où les viandes, poissons, produits laitiers ont subitement disparu des étals, un marché underground a vu le jour. Les stocks interdits à la vente ont été écoulés. Officiellement, subsistent uniquement les réserves personnelles. Officieusement, on les trouve encore lors de rendez-vous secrets où les omnivores viennent acheter ou échanger les rares pièces conservées et consommables à des prix exorbitants. Jambons fumés, saucissons, conserves de plats cuisinés à base de viande et produits de la mer, fromages en tous genres, oeufs de lompe, miel, bonbons à base de gélifiant de porc, etc. Une caverne d’Alibaba pour les nostalgiques de leur ancienne alimentation. Ils risquent gros, c’est pour cela que ces marchés noirs éphémères réclament une organisation précise, régie par une nouvelle mafia appelée Carninvictus.

marché noir carninvictus

Embargo mondial

Les humains ont enfin ouvert les yeux et compris qu’au rythme où leur consommation effrénée et irrespectueuse de l’environnement allait, le monde mourrait à petit feu et bientôt il n’y aurait plus assez d’eau potable, plus de sols cultivables, une extinction progressive de toutes les espèces animales, un réchauffement climatique dramatique, la fonte des glaces, une montée des eaux  et de surcroit, l’extinction humaine… La priorité avant le profit devint ENFIN la survie. Même les personnes peu sensibles à la cause animale, demeurant égoïstes, ouvraient les yeux quant à leur propre destin. A quoi bon produire un steak si l’on est plus vivant pour le manger ? abattoirIls n’avaient pas conscience de s’être empoisonnés jusqu’à présent et d’avoir contribué à détruire leur propre maison, la Terre. Seul le petit confort de chacun primait face au désastre écologique qui leur pendait au nez mais qui n’inquiétait pas plus que cela puisque les sommités taisaient l’ampleur de la catastrophe. Las de se tuer entre eux, il fallait bien que les humains entraînent la planète dans leur chute, au travers de guerres, de bombes dont les radiations chimiques perdurent encore; de poisons tels que le tabac, le sucre, l’alcool, les pesticides; de produits toxiques enfouis sous terre pour changer des décharges à ciel plastique oceansouvert; des déchets qui envahissent les océans avec lesquels la faune aquatique s’étouffe et s’éteint; des marées noires issues de pétroliers qui à leur tour tuent les animaux marins;  des explosions de centrales nucléaires; de la chasse à outrance, de l’exploitation animale pour le divertissement, l’asservissement, l’industrie textile, la fabrication de produits pharmaceutiques et cosmétiques, les expériences scientifiques, l’alimentaire; l’avancée technologique et l’omniprésence des ondes dont les dommages collatéraux ne sont plus à prouver.  La Terre n’en peut plus, les humains se sont habitués, les anciens qui ont connus un monde moins ravagé par l’action de l’homme sont soient partis ou n’ont plus la force de se battre. Les générations suivantes sont nées sur une planète appauvrie de tous ses trésors, souillée, violée au quotidien, où la notion du respect de cette nature et de soi-même a totalement disparu.

Crise écologique et boycott mondial

Une communauté se faisant appelée Gaïa Safety ayant pris de l’ampleur, a su rallier tant d’influentes personnalités jusqu’à devenir tellement puissante que les hauts dirigeants ne pouvaient plus ignorer l’indignation générale et ont du adopter des mesures drastiques et durables. Les chiffres et prévisions étaient sans appel. Sans une cessation immédiate de cette course à la production au détriment de mère nature, l’humanité vivait son dernier demi-siècle. La première mesure ordonnée mondialement et appliquée fut de stopper le massacre de l’industrie agroalimentaire. A force de vouloir manger encore et toujours plus de viande, de poisson, de produits laitiers, l’élevage intensif a pris des proportions telles que l’animal n’en est même plus un: il n’évolue plus dans son milieu naturel, est entassé avec ses congénères dans des cages  et enclos trop petits, il ne voit plus le jour, ne peut ni marcher, ni voler, ni grandir comme il le devrait, développe des maladies, est tellement stressé qu’il est bourré de tranquillisants et d’antibiotiques. elevage.jpgCe sont ces animaux malades qui ne ressemblent même plus à de vrais animaux que l’homme consomme et qui à son tour développe des maladies cardiovasculaires, des cancers en tous genres pour ne citer que ceux-là. Hormis ce problème d’ordre éthique et sanitaire, celui des sols. En effet, les terres normalement destinées à produire du végétal pour la consommation humaine deviennent le terrain d’une production uniquement employée à nourrir cette anormale surpopulation carcérale animale,  autrement appelée « bétail ». Résultat, l’homme défriche encore et toujours plus de forêts pour pouvoir cultiver ailleurs, réduisant l’espace que l’on désignait autrefois « le poumon de la Terre » puisque les forêts produisent l’oxygène que nous respirons. koala deforestationNous apprenons tous ça en primaire mais visiblement l’appât du gain fait perdre de basiques notions aux gourmands d’argent plus que de bien-être. Par ailleurs, il détruit l’habitat naturel d’espèces en progressive extinction et menace la vie de civilisations entières, tout cela pour gaver de Nutella des enfants gâtés en voie d’obésité. Les sols sont à leur tour pollués par trop de déjections animales qui s’infiltrent peu à peu dans les nappes phréatiques et se répandent dans les rivières. En effet, les sols ayant tant été labourés que leur biodiversité est à présent inexistante d’où l’usage à outrance de pesticides et engrais pour les faire fonctionner artificiellement..

L’animal libre

ecologie safety

Grace à cette mesure, l’animal reprend enfin un statut d’être vivant et non d’objet dont l’homme peut disposer à sa guise. Il fut autorisé de garder son animal de compagnie si celui-ci n’était ni enfermé dans un cage ou bien un petit aquarium et disposait de suffisamment d’espace pour courir, voler, nager et tout simplement grandir, s’épanouir. Les animaleries fermèrent boutique. Seuls les vétérinaires étaient habilités à exercer. Les fermes, les boucheries, charcuteries, magasins spécialisés et toute entreprise commercialisant des produits issus des animaux durent cesser leur activité et retirer de leurs rayons les produits concernés. Une indemnisation conséquente et un programme de reconversion furent offerts à tous les acteurs de ce marché mais l’heure était à la survie de la planète et de ses habitants, non à la complainte.

Valeur du stock personnel

coffre fort frigoEvidemment, les produits déjà achetés, conservés chez soi, ne devaient ni être nécessairement jetés ni restitués. Les particuliers avaient le droit de les consommer dans un cadre privé. Cependant, il n’était plus possible d’en servir ou d’en échanger de manière publique et encore moins de les vendre. Pour éviter tout dérapage, les autorités distribuèrent à chaque foyer une fiche à renvoyer en ligne où chacun avait l’obligation d’inventorier son stock mais aussi de le tenir à jour. Il devait faire mention du numéro de série de chaque produit, la photo ou toute autre information permettant d’identifier le lot. Le stock mondial s’évaluait précisément, la rareté de tel produit en décuplait sa valeur à l’instar du marché boursier. Chacun prenait alors conscience de son « portefeuille ». Une vague de nouveaux riches émergea discrètement. C’est ainsi que naquirent ces rendez-vous secrets de Carninvictus.

Marchés noirs éphémères

Particuliers et anciens marchands se croisaient lors de rendez-vous secrets ponctuels se tenant dans d’anciennes fermes ou entrepots avec l’accord du propriétaire participant. Ces rencontres aux apparences de soirées privées étaient planifiées par mails. Ceux-ci informaient les membres une semaine à l’avance de la date et du lieu, les invitant à renseigner leur démarche: viendraient-ils pour vendre, pour acheter ou pour échanger un produit défendu ? Les fiches de stock détenues à la base par les autorités, normalement confidentielles, furent la cible d’un hacking. C’est ainsi que les futurs membres étaient identifiés et invités à ces Fest comme il était commun de les nommer.

marché noir

Corruption et chantage

Il arrivait bien entendu que certains membres du gouvernement reçoivent une invitation. Certains s’y rendaient, d’autres fermaient les yeux et ceux qui tentaient de s’y opposer, menaçant d’une arrestation ou d’une intervention, subissaient un chantage féroce. Se faisant systématiquement pirater, des informations compromettantes trouvées calmaient la plupart du temps les ardeurs des plus droits qui à leur tour finissaient par laisser couler. Les incorruptibles disparaissaient mystérieusement. Une nouvelle mafia était née, mêlant darkweb, commerce illégal et banditisme. En effet, les particuliers qui ignoraient les invitations à ces Fest devenaient la cible principale des braqueurs de Carninvictus. Cette nouvelle forme de cambriolage avait fait grand bruit. Par conséquent, de plus en plus de foyers s’équipèrent de coffre-fort pour y placer non plus bijoux et objets précieux, mais conserves de thon, rillettes en bocaux, confiseries, pâte à tartiner, soupes en brique, saucissons, etc. Le monde devenait fou.

darkweb piratage

La cantine

Lors des populaires Fest, chacun était libre d’acheter des produits à ramener chez soi en toute discrétion. Ceux-ci étaient proposés sous forme de ventes aux enchères. De ce fait, un simple pot de Nutella atteignait un montant irrationnel. Pour les articles initialement onéreux  tels que le Caviar, les transactions se traitaient alors dans d’autres salles. Par ailleurs, certains avaient accès à une partie confidentielle appelée « la cantine » où l’on pouvait y dîner des mets non vegan à des prix extravagants, ou bien en échange de futurs services. Ces menus qui visiblement étaient constitués de produits frais tels qu’œufs, lait ou pièces d’animaux, plateaux de fruits de mer, démontraient que l’exploitation animale n’avait pas totalement cessée et que certains continuaient donc illégalement leur activité, tuant encore des animaux et s’exposaient donc à la prison. Cet aspect des Fest inquiétait la plupart des invités qui ne souhaitaient rien de plus qu’échanger une conserve contre des barres chocolatées pour leurs enfants et tentaient de garder leurs distances avec ce sombre commerce. Bien sûr il était possible d’acheter sur internet mais le risque d’être attrapé s’avérait nettement supérieur. Lors des Fest, chacun utilisait un pseudo à l’entrée et portait un masque.

la cantine underground

Fascination

Ces rendez-vous avaient le mérite de fasciner le peuple. Ceux qui ne détenaient aucune denrée animale rêvaient de recevoir la fameuse invitation. D’autres la craignaient, étaient révolté mais en silence, craignant cette dangereuse mafia. Les journalistes pourtant tentaient de s’y infiltrer, afin de dénoncer des personnes qui jamais n’auraient du s’y trouver comme les représentants des forces de l’ordre, magistrats et autres députés. Les Carninvictus étaient le prix à payer pour un monde en voie de guérison, plus sain, moins pollué,  mais la vie avait retrouvé une nouvelle menace, toujours la même: l’Homme.

Une réflexion sur “Carninvictus Fest: le marché noir d’un nouveau monde vegan

  1. Quel bel article!
    Bon, la forme, toujours succulent, c’est recherché sans être lourd, on se prend au jeu de l’histoire, c’est parfait.
    Le fond… Alors tu as un parti-pris évident sur le côté « mauvaise consommation »; et bien que moi même amateur de viande, je comprends ce point de vue (et le « pire », c’est que je suis assez d’accord sur le fait que les pratiques actuelles sont bien trop extrêmes; j’aimerais et j’essaye à mon niveau d’avoir un retour à une attitude plus responsable, avec une consommation plus limitée mais de meilleure qualité, comme celle que nous avions il y a un siècle quoi).

    Bien entendu, le trait est forcé à outrance dans le scénario (car malheureusement, on arrivera jamais à une telle extrémité), mais les rencontres clandestines, rappelant un peu la prohibition, est excellente. J’ai été transporté dans ce genre de réunion un peu secrète, chic, et classe, où chacun tremble d’être reconnu tout en ayant la sensation grisante d’affronter les règles et se sachant quelque peu protégé par des influences extérieures. Tu m’as teasé cela comme digne de Black Mirror, et l’analogie est plutôt pertinente; un monde plus vrai que nature, légèrement futuriste, où les dérives sont accentuées pour prendre conscience de certains maux réels et profond de notre monde actuel.

    En bref, bravo!

    Aimé par 1 personne

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